L’Union européenne pense déjà à l’après-guerre en Yougoslavie et les directeurs politiques des ministères des Affaires étrangères des pays membres se réunissent jeudi à Bonn pour discuter d’un pacte de stabilité pour les pays des Balkans en vue de leur reconstruction économique, voire, à terme, de leur intégration. Cette réunion, organisée par l’Allemagne qui préside encore pour un mois l’UE, est préparatoire à une grande conférence des ministres des Affaires étrangères sur ce thème, explique-t-on de source diplomatique à Bonn. Les diplomates tenteront d’élaborer un pacte de stabilité qui liera les pays de la région entre eux mais aussi avec les pays occidentaux – l’UE en premier chef – et la Russie. Certains pays européens considèrent que l’UE doit offrir aux pays des Balkans «la perspective d’une intégration complète dans ses structures» et ce «grâce à un nouveau type de relations contractuelles qui tiennent compte de la situation particulière de chaque pays», explique-t-on au ministère allemand des Affaires étrangères. Une telle perspective, souligne-t-on de même source, pourrait aussi concerner une Yougoslavie «revenue à la démocratie» et qui aurait «accepté les conditions de la communauté internationale». «Nous serions heureux d’avoir autour de la table d’autres interlocuteurs que le président yougoslave Slobodan Milosevic», précise-t-on au ministère. Ouverte à plusieurs pays de la région – Albanie, Bosnie, Bulgarie, Croatie, Macédoine, Hongrie, Roumanie, Slovénie, Turquie – ainsi qu’à la Russie et aux États-Unis, la réunion préparatoire accueillera aussi, avec un statut d’observateur, le Monténégro, qui fait partie de la République fédérale de Yougoslavie. L’idée d’un pacte de stabilité pour les Balkans, sous les auspices de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), avait été lancée début avril par l’Allemagne lors d’une réunion des chefs de diplomatie de l’UE à Luxembourg. Le 14 avril, le chancelier Gerhard Schröder avait lui-même défendu, devant le Parlement européen à Strasbourg, la nécessité d’un tel pacte, sans toutefois s’engager à accorder une adhésion «rapide» à l’UE aux pays concernés. La perspective d’une adhésion, même à long terme, des pays des Balkans a toutefois suscité de nombreuses réserves, notamment à Paris et à Madrid. Les directeurs politiques devraient donc l’évoquer sans avancer un quelconque délai et insister plutôt sur la possibilité de mettre en place, afin de stabiliser les pays de la région, des «accords d’association avec l’UE». De leur côté, les pays du groupe de coopération des États du sud-est de l’Europe (CSEE, qui comprend l’Albanie, la Bulgarie, la Grèce, la Macédoine, la Roumanie, la Turquie et la Yougoslavie) se sont déjà réunis les 19 et 20 mai à Bucarest pour préparer la réunion de Bonn. Les premières difficultés sont alors apparues, l’Albanie claquant la porte dès le début de la rencontre pour protester contre la présence d’une délégation de Belgrade.
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