L’Union européenne et les nations du Sud-Est asiatique (Asean) ont repris hier à Bangkok leur dialogue interrompu depuis près de deux ans à cause du contentieux birman. L’UE et l’Asean se retrouvent à l’occasion d’une Commission mixte de coopération (JCC), ajournée à plusieurs reprises en raison de désaccords sur la présence d’un délégué de la junte militaire birmane. Il s’agit du premier contact entre hauts responsables de l’UE et de l’Asean depuis l’entrée controversée de la Birmanie dans le groupe du Sud-Est asiatique en 1997. La dernière commission mixte remonte à octobre 1995. L’UE insiste sur le caractère «technique» de cette réunion, en soulignant que le dialogue politique, lui, est au «point mort». La dernière rencontre ministérielle UE-Asean «de bloc à bloc», qui devait avoir lieu le 30 mars à Berlin, a été annulée, les Européens s’opposant à la participation du chef de la diplomatie birmane. Les Quinze attendent toujours «quelque embellie» de la situation en Birmanie avant d’envisager une reprise du dialogue politique avec les pays du Sud-Est asiatique, a assuré le chef de la délégation de la Commission européenne à Bangkok. «Nous restons très fermes sur les principes de démocratie et des droits de l’homme», a répété M. Caillouet. Toutefois, l’UE estime que ses relations «au niveau technique» avec l’Asean – le premier bloc commercial d’Asie – ne sauraient rester «otages» du problème politique birman. L’UE, et plus encore l’Asean, plongée dans le marasme depuis l’été 1997, se sont inquiétées de l’absence de contacts officiels qui entravent leurs relations économiques et politiques depuis des mois. La commission mixte doit donc permettre de «redynamiser» la coopération entre l’Asean et l’UE, dans les domaines du commerce, des douanes, de la propriété intellectuelle, de l’environnement et de la lutte antidrogue. Elle ouvre la voie à une enveloppe de coopération de 100 millions d’euros, selon l’UE à Bangkok. La JCC réunit les Quinze et les sept plus anciens membres de l’Asean, signataires d’un accord de coopération bilatéral signé en 1980. Jusqu’à présent, les Européens s’opposaient à la présence de Rangoon, non signataire de l’accord de 1980, comme le demandait expressément l’Asean, en raison de la situation des droits de l’homme en Birmanie. Aux termes d’une «formule de compromis», les derniers adhérents de l’Asean (Birmanie, Laos et Cambodge) seront présents autour de la table lundi à Bangkok, mais leur présence sera «passive». Les Birmans ne pourront pas s’exprimer publiquement, encore que rien ne les empêche de le faire en privé dans les coulisses de la commission. De fait, le bilan de l’adhésion de la Birmanie à l’Asean est pour le moins mitigé tant du point de vue de Rangoon – qui a rejoint ses voisins au pire moment, juste avant le cataclysme économique – que de l’association régionale. Cette dernière n’a guère eu à se louer, jusqu’à présent, de l’intégration de la Birmanie, devenue derrière l’unité de façade une pomme de discorde entre membres démocratiques de l’Asean (Thaïlande et Philippines) et régimes autoritaires solidaires de Rangoon. À l’extérieur, l’Asean en a hérité des relations contrariées avec les Etats-Unis et l’UE, qui continuent de sanctionner les violations des droits de l’homme en Birmanie. Depuis octobre 1996, l’UE interdit l’entrée de son territoire aux membres de la junte et aux cadres birmans, et a bloqué tout contact ministériel. L’Asean regroupe la Birmanie, Brunei, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Vietnam, et, depuis le mois dernier, le Cambodge, soit les dix pays de la région désormais au complet.
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