En pleine campagne macédonienne, tout près de la Serbie, le drone s’arrache de son pas de tir dans un bruit assourdissant : la fusée de reconnaissance sans pilote, propulsée à 700 km/h, s’envole pour sa mission d’une demi-heure dans le ciel du Kosovo. Les soldats français de l’Otan, stationnés à Kumanovo, dans le nord-est de la Macédoine, participent à la mission de renseignement de l’Alliance au-dessus du Kosovo ou ailleurs en Serbie, en faisant voler régulièrement ces engins en forme de fusées ou de petits avions équipés de caméras, les «éclaireurs modernes» comme les appelle un officier. «Nous utilisons les drones pour des missions précises, le plus souvent pour vérifier des informations, par exemple des témoignages de réfugiés», explique le porte-parole du contingent français en Macédoine, le lieutenant-colonel Charles de Kersabiec. Se faufilant entre les reliefs à 300 mètres au-dessus du sol, le cylindre de trois mètres de long sur 40 centimètres de diamètre va emmagasiner une moisson d’images très précises sur la situation à l’intérieur du Kosovo, comme les déplacements de population ou les mouvements de troupes serbes. Le drone, ajoute l’officier français, peut repérer facilement des concentrations de personnes déplacées, «sauf quand les gens se cachent dans les bois». Très difficiles à intercepter en raison de leur faible altitude de vol et de leur vitesse, les drones ne sont cependant pas infaillibles puisque l’Otan a reconnu depuis le début des bombardements sur la Yougoslavie la perte de plusieurs de ces engins coûtant chacun 7 à 8 millions de francs (1,07 à 1,22 million d’euros). Après une demi-heure de vol, selon une trajectoire programmée à l’avance, le drone se profile à nouveau dans le ciel. Freiné par un parachute et deux coussins d’air, il se pose en douceur tout près du camion servant de rampe de lancement. En quelques minutes, les films seront extraits du ventre de l’appareil. Aussitôt développés, ils sont mis entre les mains d’une équipe spécialisée dans le travail d’interprétation qui transmettra ses conclusions aux états-majors. En 45 minutes, précise un officier chargé de la mise en œuvre des drones, les premières informations sont disponibles. Par recoupement avec d’autres images et avec les informations venant d’autres moyens de renseignement, patrouilles près de la frontière et dispositif d’écoute, explique le lieutenant-colonel de Kersabiec, l’Otan «s’assure ainsi d’une vue aussi précise que possible de la situation au Kosovo», dans la perspective d’une entrée de ses troupes dans la province serbe une fois signé un accord de paix. Des photos d’une extrême netteté, prises début mai par l’un de ces drones CL 289 dits «rapides», montrent de petits groupes de gens marchant sur une route en pleine forêt, un pont en partie détruit ou une gare de triage supposée abriter des troupes serbes. Un officier travaillant à l’interprétation des images confirme d’ailleurs que les drones n’ont jamais rapporté de photos accréditant le début de retrait serbe du Kosovo annoncé par Belgrade. Les autres drones, les Crecerelle, dits «lents» – ils volent à 180 km/h - transmettent leurs images en direct à une station de réception au sol. Un pilote assis devant l’un des écrans où défilent les images peut à tout moment reprendre le contrôle de l’appareil et décider de repasser au-dessus d’un site qui lui paraît intéressant. Une image, prise à 358 mètres du sol et agrandie, montre par exemple des blindés serbes ou des pièces d’artillerie, assez précisément pour en déterminer le modèle exact, enfouis dans des tranchées.
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