La Grande-Bretagne s’est affirmée en deux mois de conflit au Kosovo comme le plus intransigeant des pays de l’Otan, une stratégie va-t-en-guerre qui paye auprès de son opinion nationale mais tend à l’isoler de ses partenaires de l’Alliance. Dès le début des bombardements sur la Yougoslavie, le Premier ministre Tony Blair, après s’être rodé lors de l’opération Renard du Désert en Irak, a endossé sans complexe les habits de la «Dame de fer» Margaret Thatcher, assumant avec un enthousiasme manifeste le rôle de «faucon» de la coalition militaire. À ce jour, Londres a déployé dans les Balkans le plus fort contingent de soldats de l’Alliance – 5 821 hommes appelés à participer à une force de sécurité au Kosovo – et contribue à hauteur d’une quarantaine d’appareils aux raids aériens contre la Yougoslavie. Le conflit a jusqu’à présent coûté aux contribuables près de 120 millions d’euros, dont la moitié pour les réfugiés, même si la politique d’accueil au compte-gouttes des Kosovars sur le sol national (quelques centaines seulement) a valu beaucoup de critiques au gouvernement. La facture devrait encore grimper. Quelque 2 000 militaires supplémentaires viennent d’être placés en état d’alerte pour un prochain départ. «Nous sommes le seul pays à prendre à bras-le-corps les choix difficiles sur le Kosovo», n’hésitait pas à clamer cette semaine un responsable britannique, sous couvert de l’anonymat. À domicile, les ministres se chargent quotidiennement de galvaniser l’opinion publique en dénonçant, avec une emphase toujours plus échevelée, les exactions du régime yougoslave, des «champs de la mort du Kosovo» au «boucher de Belgrade». Et Tony Blair cherche à faire oublier les «bavures» de l’Otan en effectuant des visites ultramédiatisées dans les camps de réfugiés qui appellent à la compassion de ses compatriotes. Le soutien de ces derniers n’a pas faibli depuis les premiers bombardements, accueillis à l’époque avec un enthousiasme belliqueux par la presse populaire. 65 % des Britanniques approuvent l’opération Force alliée, selon un sondage : un blanc-seing qui permet encore au gouvernement d’ignorer les critiques grandissantes de l’opposition conservatrice contre la conduite de la guerre. L’enquête révélait également que 58 % de la population soutiendraient la participation de soldats britanniques à une intervention terrestre. Fort de cet appui, les travaillistes n’ont eu de cesse de plaider en faveur de l’envoi de fantassins au Kosovo dès que l’armée yougoslave y sera jugée suffisamment affaiblie. Et ce en dépit des désaccords persistants au sein de l’Alliance, l’opposition catégorique en particulier de l’Allemagne et de l’Italie. La ferveur de Londres sur la question des troupes au sol, contrastant avec l’extrême prudence des États-Unis sur le sujet, aurait même fini par irriter Bill Clinton. À en croire la presse britannique, le président américain a téléphoné cette semaine pendant une heure et demie à son «ami» Tony Blair pour s’émouvoir de l’impression de division ainsi créée et lui demander de mieux contrôler son entourage.
La Grande-Bretagne s’est affirmée en deux mois de conflit au Kosovo comme le plus intransigeant des pays de l’Otan, une stratégie va-t-en-guerre qui paye auprès de son opinion nationale mais tend à l’isoler de ses partenaires de l’Alliance. Dès le début des bombardements sur la Yougoslavie, le Premier ministre Tony Blair, après s’être rodé lors de l’opération Renard du Désert en Irak, a endossé sans complexe les habits de la «Dame de fer» Margaret Thatcher, assumant avec un enthousiasme manifeste le rôle de «faucon» de la coalition militaire. À ce jour, Londres a déployé dans les Balkans le plus fort contingent de soldats de l’Alliance – 5 821 hommes appelés à participer à une force de sécurité au Kosovo – et contribue à hauteur d’une quarantaine d’appareils aux raids aériens contre la...
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