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Actualités - Chronologie

Les dix jours qui ont fait basculer l'empire

Du retour triomphal à Téhéran de l’ayatollah Khomeyni au départ du dernier gouvernement du Chah, dix jours à peine auront suffi pour précipiter l’effondrement de 25 siècles de monarchie en Iran. Cette «Décade de l’Aurore», selon la terminologie officielle, débute le 1er février avec le retour triomphal de Khomeyni à bord d’un avion d’Air France. Des centaines de milliers de personnes l’acclament à l’aéroport comme sur le trajet qui mène au cimetière de Behecht-é-Zahra, au sud de Téhéran, où il tient son premier grand meeting politique. Fort de cet immense soutien populaire et d’une légitimité politique puisée au cours de près de quinze années d’exil, Khomeyni mobilise les foules dans une succession de manifestations de masse et menace le fragile gouvernement de Chapour Bakhtiar d’en appeler au «Jihad». Pour l’imam, Bakhtiar n’a d’autre choix que de se démettre et «se livrer au peuple». Le Chah Mohammad Reza Palhavi, lui, a déjà fui le pays le 16 janvier. Un Conseil de révolution est formée dans la foulée par certains proches de Khomeyni pour préparer le changement de gouvernement et l’avénement d’une république islamique. Mehdi Bazargan, opposant de longue date du régime du Chah d’Iran, est pressenti pour former une équipe gouvernementale. «Bazargan a tout d’abord refusé mais je l’ai convaincu d’accepter cette lourde responsabilité», affirme aujourd’hui Ibrahim Yazdi, qui fut un proche compagnon de l’imam Khomeyni et ministre des Affaires étrangères du gouvernement provisoire. «Lors d’une réunion du Conseil de la révolution, Bazargan a émis des conditions pour former un gouvernement et nous avons dû voter. Tous les membres du Conseil de la révolution ont voté en faveur de Bazargan, sauf Ali Khamenei» (aujourd’hui successeur de Khomeyni comme Guide suprême de l’Iran ndlr), a affirmé M. Yazdi. Le 6 février, Mehdi Bazargan est formellement nommé Premier ministre du gouvernement provisoire issu de la révolution islamique. L’affrontement Deux gouvernements siègent alors à Téhéran: celui, révolutionnaire, de Bazargan, tandis que le dernier gouvernement impérial de Bakhtiar vit ses derniers jours dans un luxueux palais du centre-ville. L’armée impériale commence à se plier devant l’ampleur des manifestations et ses généraux fuient au fur et à mesure que le pays sombre dans la tourmente révolutionnaire. L’armée intervient et décrète un couvre-feu: des émeutes éclatent dans tout le pays, faisant des milliers de morts et de blessés. En quelques heures, les quartiers du centre de Téhéran se couvrent de barricades. Des soldats désertent et des groupes de jeunes attaquent des casernes pour s’emparer d’armes et de munitions. D’autres attaquent les bâtiments publics, saccagent bars, restaurants et discothèques et jettent des milliers de bouteilles d’alcool dans les rues pour annoncer «la victoire imminente de l’islam». Après deux jours de violents affrontements dans la capitale et les principales villes du pays, la «garde impériale» et les forces anti-émeutes s’effondrent et commencent à fraterniser avec la foule. L’état-major de l’armée impériale déclare sa neutralité et précipite ainsi la chute du gouvernement Bakhtiar dont les membres sont arrêtés ou se sont enfuis à l’étranger. Sur la table de Chapour Bakhtiar, on trouve son dernier repas qu’il n’a pas eu le temps de terminer avant de s’enfuir. Le 11 février, Radio-Téhéran, passée aux insurgés, annonce «la libération du pays par l’armée de la révolution».
Du retour triomphal à Téhéran de l’ayatollah Khomeyni au départ du dernier gouvernement du Chah, dix jours à peine auront suffi pour précipiter l’effondrement de 25 siècles de monarchie en Iran. Cette «Décade de l’Aurore», selon la terminologie officielle, débute le 1er février avec le retour triomphal de Khomeyni à bord d’un avion d’Air France. Des centaines de milliers de personnes l’acclament à l’aéroport comme sur le trajet qui mène au cimetière de Behecht-é-Zahra, au sud de Téhéran, où il tient son premier grand meeting politique. Fort de cet immense soutien populaire et d’une légitimité politique puisée au cours de près de quinze années d’exil, Khomeyni mobilise les foules dans une succession de manifestations de masse et menace le fragile gouvernement de Chapour Bakhtiar d’en appeler...