Après avoir conquis les rues du monde entier, les grands constructeurs automobiles japonais ambitionnent de briller aussi sur les circuits de Formule 1, où le débutant Toyota tentera de devancer son rival commercial Honda, qui reviendra en l’an 2000 après huit ans d’interruption. Toyota a mis fin jeudi à plusieurs années de réflexion en annonçant sa volonté d’arriver sur les pistes «pour 2003», le temps de monter une écurie de toutes pièces. Le premier constructeur nippon n’a en effet aucune expérience de l’univers très complexe de la Formule 1, au contraire de Honda. Le numéro trois du marché japonais, qui s’est déclaré en mars 1998, prévoit de revenir dans douze mois. Motoriste à succès avec Williams et McLaren dans les années 80, Honda veut de nouveau courir sous ses propres couleurs, en maîtrisant le châssis comme le moteur. «Nous allons lancer les études préliminaires cette année», a annoncé le directeur général de Toyota, Hiroshi Okuda, devant la presse. Prudent, il a mis comme conditions à la naissance définitive de l’écurie la réussite de ces études mais aussi des autres vitrines sportives du groupe. Toyota est engagé dans le championnat du monde des rallyes, les courses type 24 heures du Mans, les compétitions japonaises ou les séries Indy, sans succès probant jusqu’à présent. Les «voitures à papa» boudées En se frottant à Ferrari, McLaren et Williams, Toyota veut offrir une image plus dynamique aux jeunes Japonais, qui semblent bouder les «voitures à papa». «Nous avons jusqu’à présent mis l’accent sur l’environnement et la sécurité en laissant de côté le plaisir et l’excitation de la conduite», a reconnu M. Okuda. Ce désintérêt relatif, qui s’ajoute à la récession la plus sévère depuis la guerre que traverse le Japon, n’a pas permis à Toyota de réussir son objectif d’atteindre 40% du marché japonais des véhicules particuliers en 1998. Bien que moins populaire que le base-ball ou le sumo, la Formule 1 réunit des audiences non négligeables sur la télévision japonaise, qui retransmet les courses en soirée en différé. Le constructeur souhaite par ailleurs renforcer sa présence médiatique en Europe, où la Formule 1 est particulièrement populaire et où le groupe a de grandes ambitions. En 2001, il devrait y posséder deux usines, dans le nord de la France et en Angleterre. Jouer parmi les grands Toyota, qui ne peut se permettre de rouler à l’ombre de Honda, ambitionne de jouer parmi les grands dès son entrée: «Je ne dis pas que nous allons gagner tout de suite, mais nous voulons vaincre dès que possible», a expliqué M. Okuda. Cela implique «l’embauche de spécialistes et le développement de technologies de pointe» au sein de la filiale allemande, Toyota Motorsport GmbH, à Cologne, chargé du projet sous l’autorité d’André de Cortanze, le «pilote» des autres activités sportives. Bien que nettement plus avancé que son concurrent, Honda est engagé dans une course contre-la-montre, surtout dans la conception de son châssis, pour laquelle il n’a pas d’expérience récente. Honda a eu sa propre écurie de 1964 à 1968. L’aventure s’est arrêtée dramatiquement avec la mort du pilote français Jo Schlesser, brûlé vif dans son habitacle au Grand Prix de France. Revenue comme motoriste en 1984, la firme japonaise a contribué à sacrer, plusieurs saisons durant, Williams puis McLaren comme meilleures écuries et le Brésilien Ayrton Senna comme pilote N.1. Elle a mis fin à un investissement d’environ 100 millions de dollars par an en 1992, mais gardait depuis un petit pied dans le milieu via sa filiale Mugen. Rallye : Ford se rassure sur ses ambitions Ford s’est rassuré sur ses ambitions en étrennant avec succès, d’une place sur le podium du 67e Monte-Carlo, les débuts de sa nouvelle Focus en championnat du monde des rallyes. Comme n’ont pas manqué de le rappeler ses rivales, Toyota ou Subaru, cette troisième place décrochée par Colin McRae est tout à fait provisoire. Les quatre points engrangés par l’Ecossais au classement des pilotes, et par Ford au tableau des constructeurs, pourraient être retirés si la non-conformité de la pompe à eau du bolide est confirmée en appel. L’écurie anglaise devra attendre une réunion du comité technique de la Fédération internationale de l’automobile (Fia), aux alentours du 4 février. Gilles Martineau, chargé des relations de presse, part cependant «relativement confiant». «Nous avons des arguments à faire valoir», a-t-il dit. Malcolm Wilson, ancien pilote reconverti en patron de l’écurie, a préféré pour sa part savourer d’abord les performances de McRae et d’une voiture dont la conception a commencé il y a 13 mois pour remplacer la vieille Escort. «C’est un moment très émouvant pour moi. Après tous les efforts fournis pour concrétiser ce projet, après toutes ces nuits blanches, venir ici décrocher un podium va au-delà de toutes nos espérances», a-t-il souligné. Wilson, chargé de la branche sportive de Ford depuis 1997, est l’artisan de cette reconversion réussie, suivie de près par la marque américaine qui lance simultanément la Focus sur les routes. Jean-Joseph, débutant heureux Celle-ci dispose d’atouts non négligeables: l’empattement le plus long des voitures engagées, une électronique pointue. Le choix comme pilote de McRae, débauché de chez Subaru, s’est en outre avéré judicieux. Son parcours sur le «rallye des rallyes», qu’il a lui-même jugé comme «un des plus durs» en raison des conditions hivernales et changeantes, a été irréprochable. Quatorzième à l’issue de la première spéciale en raison de problèmes mécaniques, il était sixième au terme de la première journée, quatrième après la seconde, puis troisième au final grâce à l’abandon du Français Gilles Panizzi. «Colin est aussi un de nos meilleurs techniciens», a déclaré Wilson. «Des problèmes comme ceux qu’il a connus sont inévitables avec une nouvelle voiture et la technique est devenue si importante en rallye qu’il est vital d’avoir un pilote avec de bonnes connaissances en mécanique». Le deuxième pilote, le vice-champion de France Simon Jean-Joseph, a décroché une encourageante 11e place alors qu’il avait dû laisser McRae effectuer la plupart des essais depuis novembre. «Mon but était de terminer le rallye et en apprendre plus sur la voiture, l’écurie, mon copilote et sur le championnat du monde. J’ai réussi et je suis ravi», a déclaré le Martiniquais, qui disputera trois autres courses mondiales cette saison. Ford, qui vise le titre en l’an 2000, a en tout cas confiance en l’avenir. «Nous ne pouvons que nous améliorer», a prévenu McRae.
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