Parmi les musiciens libanais qui ont percé à l’étranger, Béchara el-Khoury occupe une place à part. Compositeur de musique classique contemporaine, sa production symphonique est prolifique. Denses, romantiques et modernes à la fois, ses œuvres sont jouées par de grands orchestres et de grands musiciens. Rencontre, à l’occasion d’un séjour de vacances, au pays natal. Quarante ans, une œuvre riche derrière lui, Béchara el-Khoury n’est plus à présenter. Mais petit-fils d’«Al-Akhtal As-Saghir» et neveu des frères Rahbani il a hérité de tous les dons familiaux. La poésie, qu’il a dans les veines, donne un souffle lyrique à ses compositions. Avant d’avoir acclimaté la rime à sa musique, il avait publié trois recueils de poèmes, dont un à 14 ans ! À vingt ans, il choisit définitivement son camp. À Paris il étudie la composition et l’orchestration avec Pierre Petit, directeur de l’École normale de Musique. «La poésie est présente dans tous les domaines artistiques. Et la musique était mon élément», dit-il aujourd’hui. Il avait auparavant suivi, à Beyrouth, des études musicales (piano, harmonie, contrepoint, fugue et analyse), sous la direction de Hagop Arslanian. Installé depuis vingt ans dans la capitale française, Béchara el-Khoury garde une chaleur d’accueil tout orientale. Simple, direct, il est doté d’un sens poussé de l’humour. Authentique, à l’instar de sa musique, qui plonge profondément ses racines –thématiques ou harmoniques– dans le pays des cèdres. Même si les sonorités orientales sont présentes de manière plus fluide aujourd’hui que dans ses premières œuvres. Il reste néanmoins ce compositeur qui «fait circuler dans un tissu européen, une sève orientale», (dixit Pierre Petit dans un article du Figaro). Lancé dans «la grande aventure symphonique» à Paris, Béchara el-Khoury crée des œuvres diverses (orchestre, chœur, musique de chambre et musique de théâtre). Il bénéficie de nombreuses commandes de grands orchestres, tel l’orchestre symphonique de Radio-France, celui de l’École nationale de musique de Paris – où il est également membre du jury aux concours– ou encore l’orchestre des concerts Colonne. «Qui est la plus ancienne formation en Europe. Créée en 1873, elle a été dirigée notamment par Richard Strauss et Gustav Mahler», souligne-t-il. Ses sources d’inspiration, le compositeur les tire de «la nature humaine et de ses passions». Mais également de textes littéraires, ceux de Nietzche par exemple, de poèmes divers et plus particulièrement ceux de Gebran Khalil Gebran, ainsi que «des beautés comme des misères du monde». Exilé, pour la musique, il exprime sa fibre patriotique dans sa musique. Il a ainsi composé un requiem «Aux martyrs libanais de la guerre» et un poème symphonique «Le Liban en flammes» joués en 1983 au Théâtre des Champs Élysées par l’orchestre des concerts Colonne sous la direction de Pierre Dervaux. En 1985, il a aussi créé une symphonie en quatre mouvements intitulée «Les Ruines de Beyrouth». «Les dieux de la terre» et «La nuit et le fou», deux de ses œuvres symphoniques célèbrent dans une veine lyrique le génie de Gebran. En 1983, dans le cadre du «centenaire Khalil Gebran», un grand concert de gala avait été organisé au Théâtre des Champs-Élysées avec un programme entièrement composé d’œuvres de Béchara el-Khoury, interprétées par l’orchestre des concerts Colonne et par le pianiste Abdel-Rahman el-Bacha. Influencé par Brahms, Wagner, Richard Strauss, Stravinsky, Alban Berg…Béchara el-Khoury, ce «passionné de liberté», rejette les classifications. «J’écris comme je ressens, dit-il. Je ne peux pas qualifier ma musique. Dans les années cinquante, les compositeurs étaient prisonniers d’une pensée unique. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les créateurs n’ont plus peur de s’affirmer librement». Ni de composer librement, «en me promenant la nuit. Sans les contraintes de la table de travail ou du piano», dit-il. Le processus de composition reste cependant un art difficile entre tous. Il requiert à la fois beaucoup d’imagination et de réflexion. «Il m’arrive de penser pendant des jours à des thèmes ou à des détails orchestraux mais de ne coucher noir sur blanc ce qui en reste que des mois plus tard. D’autres fois, j’ai dans la tête toutes la trame orchestrale d’une pièce. Et mes idées sont si claires que je n’ai plus qu’à les noter sur le papier». À musique. Cela s’entend.
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