Bill Clinton «aspirait à devenir un Lincoln ou un Roosevelt. Il sait maintenant au fond de lui-même qu’il n’a plus que le choix entre être un Andrew Johnson ou un Richard Nixon». En une petite phrase, George Stephanopoulos, qui fut un confident et le premier porte-parole de William Jefferson Clinton, a résumé le destin d’un président dont le procès historique s’ouvre jeudi devant le Sénat. Il s’agit du premier procès d’un président américain depuis 1868 dans le cadre de la procédure de destitution prévue par la Constitution des États-Unis. Depuis l’été dernier, les États-Unis et le reste du monde ont découvert la face cachée de Bill Clinton et le détail de ses ébats sexuels à la Maison-Blanche avec une jeune stagiaire californienne. Arrivé au pouvoir suprême en 1992 avec l’image d’un politicien opportuniste mais surdoué, qui lui avait valu dans son Arkansas natal le surnom de «Slick Willie» (Willie le fourbe), Bill Clinton représente un personnage paradoxal. Rarement un président américain aura réussi en six ans de pouvoir à rester aussi populaire, tout en suscitant autant de réserves tout au long de ses deux mandats et en faisant douter de sa sincérité, voire de son honnêteté. En 1996, il était entré de plain-pied dans l’histoire en devenant le premier président démocrate à se faire réélire depuis Franklin Roosevelt, un couronnement pour ce modeste enfant de l’Arkansas qui a, dès son plus jeune âge, voué l’essentiel de sa vie à une ambition politique sans mesure. Les affaires qui le poursuivent depuis son entrée à la Maison-Blanche, ses infidélités conjugales et son recentrage brutal après le raz-de-marée électoral républicain de 1994 ont renvoyé dans l’opinion publique l’image d’un politicien opportuniste, prêt à toutes les manœuvres et à tous les petits mensonges pour plaire ou maintenant se disculper. Certes, Bill Clinton reste encore crédité dans l’esprit des Américains d’un authentique intérêt pour les aspirations et les problèmes de ses compatriotes, y compris les plus défavorisés. Mais l’étalement de ses frasques sexuelles avec Monica Lewinsky a jeté aussi une nouvelle lumière plus crue sur un président prêt à risquer sa réputation et son administration pour satisfaire à la va-vite sa libido, capable de nier devant ses collaborateurs et les Américains l’évidence pendant huit mois, avant de devoir avouer cette relation sous le poids des preuves accumulées par le procureur indépendant Kenneth Starr. Certains psychologues ont même été jusqu’à estimer que cette conduite de casse-cou révélait une certaine immaturité chez un Bill Clinton, dont toute l’ambiguïté trouve ses racines dans les premières années de sa vie d’orphelin (de père) d’une petite bourgade rurale de l’Arkansas. Né le 19 août 1946 à Hope (Arkansas), William Jefferson Clinton n’a jamais connu son père. Voyageur de commerce, William Blythe est mort près de quatre mois avant la naissance du jeune Bill, dans un accident de la route. Lorsqu’il a quatre ans, sa mère, Virginia Kelley, se remarie avec Roger Clinton, un vendeur de voiture alcoolique, qui la bat régulièrement. Ce n’est qu’à l’âge de 15 ans que Bill adoptera, à sa demande, le nom de son beau-père. L’absence du père et cette expérience de violence marqueront le futur président. «Depuis que je suis un enfant, j’ai vécu avec l’idée de la mort de mon père (...) c’est peut-être pour cela que je me suis toujours autant battu et que j’ai toujours autant fait preuve de volonté», confiait-il au Wall Street Journal avant son élection en 1991. Dans son Sud rural, Bill Clinton attrape très jeune le virus de la politique, une vocation qu’il fait lui-même remonter à une rencontre en 1963 à la Maison-Blanche avec le président John Kennedy, alors qu’il n’avait que 17 ans. Après des études à Georgetown puis Oxford, Bill Clinton se retrouve à la faculté de droit de Yale, où il rencontre celle qui deviendra sa femme, Hillary Rodham, et avec qui il aura une fille, Chelsea. En 1976, il fait officiellement son entrée en politique dans le camp démocrate et devient directeur de la campagne de Jimmy Carter dans l’Arkansas. Dès lors, sa boulimie de pouvoir n’a plus de limite. Après l’échec de sa candidature à la Chambre des représentants en 1974, Bill Clinton devient en 1978 le plus jeune «ministre de la Justice» (Attorney General) de l’histoire de l’Arkansas. Deux ans plus tard, il en devient le plus jeune gouverneur mais ne parvient pas à être réélu. Il retrouve le poste de gouverneur en 1984 en inaugurant un style plus conciliateur, moins dogmatique qui lui permettra d’être réélu jusqu’à son entrée à la Maison-Blanche en janvier 1993. Cette étonnante capacité à rebondir sur ses échecs va encore s’illustrer dans deux des moments les plus cruciaux de sa carrière. D’abord au début 1992, où il est donné politiquement mort dans la course aux primaires démocrates après deux polémiques sur ses infidélités conjugales et son comportement pour éviter la conscription pendant la guerre du Vietnam. Puis, en 1994, quand les observateurs ne donnent plus cher de ses chances de réélection après la victoire des républicains au Congrès. Mais avec son procès de destitution, William Jefferson Clinton, 42e président américain, est désormais en sursis et entre définitivement dans l’histoire par la petite porte.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Bill Clinton «aspirait à devenir un Lincoln ou un Roosevelt. Il sait maintenant au fond de lui-même qu’il n’a plus que le choix entre être un Andrew Johnson ou un Richard Nixon». En une petite phrase, George Stephanopoulos, qui fut un confident et le premier porte-parole de William Jefferson Clinton, a résumé le destin d’un président dont le procès historique s’ouvre jeudi devant le Sénat. Il s’agit du premier procès d’un président américain depuis 1868 dans le cadre de la procédure de destitution prévue par la Constitution des États-Unis. Depuis l’été dernier, les États-Unis et le reste du monde ont découvert la face cachée de Bill Clinton et le détail de ses ébats sexuels à la Maison-Blanche avec une jeune stagiaire californienne. Arrivé au pouvoir suprême en 1992 avec l’image d’un...