Le lancement réussi de la monnaie unique pourrait précipiter l’entrée de la Suède et du Danemark dans la zone euro, les deux pays scandinaves craignant désormais d’être économiquement et politiquement marginalisés au sein de l’Union européenne (UE). S’étant tenus volontairement à l’écart de l’Union économique et monétaire (UEM) alors qu’ils sont membres de l’UE, Stockholm et Copenhague semblent prendre conscience que leur participation à l’euro est inéluctable. Le Premier ministre (social-démocrate) suédois, Goeran Persson, vient d’indiquer qu’un référendum sur l’UEM, prévu en 2002, pourrait être avancé à septembre 2000. En décembre, deux ministres-clefs de son gouvernement, Erik Aasbrink (Finances) et Bjoern Rosengren (Production et échanges), avaient déjà souhaité que cette consultation populaire soit avancée. Le chef (social-démocrate) du gouvernement danois, Poul Nyrup Rasmussen, a pour sa part estimé, dans son message télévisé du 1er janvier, que «le mieux pour le Danemark, pour l’emploi et pour notre société de bien-être serait qu’un jour, nous rejoignions l’euro». Pour la ministre (radicale) danoise de l’Économie, Marianne Jelved, un référendum sur la monnaie unique pourrait même avoir lieu avant 2001, «les choses allant plus rapidement que l’on ne croit». «Ils préparent l’opinion à une entrée dans l’UEM», a estimé Mats Nyman, économiste en chef de la banque suédoise Svenska Handelsbanken, dans l’International Herald Tribune de vendredi. Selon lui, il y a «75 % de chances» que la Suède y adhère en 2002. Si ces déclarations traduisent effectivement un revirement de l’opinion publique dans les deux pays scandinaves qui, longtemps hostile à la monnaie unique, semble s’y rallier, elles dénotent également l’inquiétude des marchés et des milieux d’affaires suédois et danois, qui, pro-européens, craignent d’être marginalisés dans la zone euro. Dans un sondage publié jeudi, moins d’une semaine après le lancement de la monnaie unique, 52 % des Danois sont favorables à l’euro, 32 % y sont opposés et 16 % restent indécis. Dans une autre enquête d’opinion publiée en décembre, 34 % des Suédois avaient indiqué qu’ils voteraient en faveur de l’entrée de leur pays dans l’UEM alors qu’en mai, ils n’étaient que 29 % en faveur de la monnaie unique. Prenant acte de cette évolution, la Confédération des industries danoises (patronat) a exigé, dans l’hebdomadaire financier Finans og Samfund de vendredi, la tenue d’un référendum cette année, son président Ib Christensen considérant qu’attendre relevait du «masochisme».
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