Avec le procès au Sénat de Bill Clinton, un homme va sortir de l’ombre à son corps défendant, William Rehnquist, le très discret président de la Cour suprême des États-Unis. Selon la Constitution américaine, c’est, en effet, à lui que revient la charge de présider ce procès qui sera télévisé. Il devra en assurer la bonne tenue et c’est à lui que les sénateurs, muets, devront transmettre par écrit leurs requêtes. Le «chief justice» les lira à haute voix, tranchera en cas de différend ou demandera aux sénateurs de le faire par un vote. C’est lui qui à la fin du procès interrogera les sénateurs un par un, chacun étant alors autorisé à prononcer deux mots: «coupable» ou «non coupable». Comme ses collègues de la Cour suprême, le juge Rehnquist, 74 ans, cultive la discrétion: il a toujours refusé les caméras à l’intérieur de la Cour suprême et n’accorde quasiment jamais d’interviews. Sa biographie dans le Who’s Who se limite à 17 maigres lignes: président de la Cour suprême depuis 1986. Juge de la même Cour suprême de 1971 à 1986. Diplômé des universités de Stanford et Harvard. Marié (veuf), père de trois enfants. Dans les prochains jours, cet anonymat protecteur, servi par un physique passe-partout, va voler en éclat et M. Rehnquist est assuré de devenir pour un temps le magistrat le plus filmé des États-Unis, déjà traqué par les télévisions dans ses promenades matinales. S’il se serait bien passé de cette célébrité, le sujet n’a rien qui puisse l’effrayer: William Rehnquist est un expert reconnu en matière de destitution, auteur d’un ouvrage sur le sujet en 1992, «Grand Inquests» largement consacré au procès au Sénat du président Andrew Johnson en 1868. Nul n’ose préjuger quelle sera son influence dans le procès du démocrate Bill Clinton. M. Rehnquist est, en effet, un républicain extrêmement conservateur, nommé à la Cour suprême par le président Richard Nixon, et qui, en 1952, dans un mémoire devenu célèbre, défendait le principe de la ségrégation dans les écoles. Longtemps, il a été le juge le plus conservateur de la Cour suprême, instance résolument conservatrice. Il déteste perdre du temps, n’hésitant pas, par exemple, lors des plaidoieries à interrompre les magistrats qui dépassent leur temps imparti... Mais même ses détracteurs estiment qu’il agira avec la solennité et l’impartialité qu’exige un tel procès, se plaçant au-dessus des querelles partisanes qui font rage au Congrès. Beaucoup estiment qu’il soumettra au vote des sénateurs toutes les décisions-clés. Ses commentaires dans «Grand Inquests» sont là pour les rassurer. Il y estime que le Sénat à majorité républicaine a eu raison d’acquitter (à une voix près) le démocrate Andrew Johnson. «Est-ce que le rôle dominant joué par les partis politiques allait transformer le Sénat en tribunal partisan, prêt à saper les principes fondamentaux de la Constitution afin de chasser du pouvoir un ennemi politique? De façon remarquable (...) la réponse a été non», a-t-il écrit. Et si d’aventure M. Rehnquist regrettait sa gloire soudaine, il pourra partiellement s’en prendre... à lui même. C’est en effet la Cour suprême qui, en mai 1997, a décidé que l’affaire Paula Jones — qui a donné naissance au scandale Lewinsky — pouvait aller de l’avant, sans attendre la fin du mandat de M. Clinton. «Si l’affaire est correctement gérée (...), il nous semble hautement improbable qu’elle prenne beaucoup de temps» à M. Clinton, avaient à l’époque estimé les neuf plus hauts magistrats du pays.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Avec le procès au Sénat de Bill Clinton, un homme va sortir de l’ombre à son corps défendant, William Rehnquist, le très discret président de la Cour suprême des États-Unis. Selon la Constitution américaine, c’est, en effet, à lui que revient la charge de présider ce procès qui sera télévisé. Il devra en assurer la bonne tenue et c’est à lui que les sénateurs, muets, devront transmettre par écrit leurs requêtes. Le «chief justice» les lira à haute voix, tranchera en cas de différend ou demandera aux sénateurs de le faire par un vote. C’est lui qui à la fin du procès interrogera les sénateurs un par un, chacun étant alors autorisé à prononcer deux mots: «coupable» ou «non coupable». Comme ses collègues de la Cour suprême, le juge Rehnquist, 74 ans, cultive la discrétion: il a toujours refusé...