Les financiers américains jugeront la monnaie unique européenne sur pièces mais s’attendent à une vague de restructurations dans les onze pays de la zone euro et à un impact sur le dollar. «Nous avions la chance jusqu’ici d’être le seul joueur à la table. L’euro est important aussi par l’impact qu’il aura sur les marchés financiers américains», affirme Thomas Kalaris de Barclays Capital à New York. Pour les analystes financiers américains, l’euro va avant tout contraindre les marchés financiers et les entreprises de l’Union européenne à adopter les méthodes de leurs équivalents américains. Ils s’attendent notamment à une explosion du marché obligataire où les entreprises viendront chercher leurs financements et à l’émergence d’une culture d’actionnaires à laquelle les sociétés devront se plier. «Historiquement, les entreprises européennes se sont appuyées essentiellement sur les banques pour assurer leurs besoins de financement alors que les entreprises américaines en assurent les deux tiers par l’émission d’obligations, notes à moyen terme et effets commerciaux», souligne la firme de notation financière Standard and Poor’s dans un rapport sur les conséquences de l’euro. Pour ce qui est des restructurations, les analystes s’attendent à voir les entreprises européennes suivre l’exemple des États-Unis où fusions et acquisitions, réorganisations et restructurations n’ont pas cessé ces quinze dernières années. Salomon Smith Barney, qui privilégie les obligations d’État comme placements aux États-Unis et au Japon, recommande ainsi les actions en Europe. «Si la croissance répond aux tendances sur les années à venir, il y a de la marge pour une amélioration sensible des résultats financiers des entreprises», souligne la firme de courtage américaine. Mais les analystes financiers aux États-Unis restent circonspects sur la capacité des responsables économiques européens à concilier les cycles économiques différents des pays de la zone euro. «Les développements politiques en Allemagne ont modifié l’orientation de la politique économique», estime Christopher Iggo de Barclays Capital. La parité euro/dollar suscite aussi des désaccords. Pour Salomon Smith Barney, l’euro sera plus fort que le dollar. «L’euro sera vraisemblablement la devise la plus forte, reflètant une bonne croissance, les aux d’intérêt et l’excédent de la balance des paiements courants», souligne la firme de Wall Street dans un rapport. «L’euro sera plus faible en 1999 en raison d’une croissance plus faible que prévu, des taux d’intérêt plus bas et des orientations de politique économique choisies», estime Christopher Iggo. Mais, selon lui, l’euro a le potentiel d’une monnaie forte, rivalisant à long terme avec le dollar. Selon les prévisions de la banque américaine Chase Manhattan pour 1999, le dollar se renforcera face au yen mais restera stable face à l’euro. La parité euro/dollar est importante pour les États-Unis déjà confrontés à une devise japonaise faible et qui craignent qu’une situation similaire avec l’euro ne creuse leur déficit commercial qui a atteint 139 milliards de dollars pour les dix premiers mois de 1998, comparativement à 90,4 milliards un an auparavant. Mais la Chase Manhattan souligne que «la réallocation des réserves des banques centrales et la conversion des portefeuilles en euro, autant de facteurs souvent invoqués pour favoriser l’euro contre le dollar, n’interviendront que progressivement et n’exerceront pas une grande influence en 1999». Quant à la capacité de la BCE à garantir la stabilité des prix, l’opinion générale des analystes américains a été traduite par William McDonough, le président de la Banque fédérale de réserve de New York. Après avoir écouté son homologue de la BCE Wim Duisenberg émailler un discours des mots «stabilité des prix», M. McDonough a soupiré: «amen».
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