Bien que la destitution du président Bill Clinton par le Sénat semble aujourd’hui bien improbable, son legs dans l’histoire des États-Unis, auquel il semble tant attaché, risque fort de rester pour toujours terni par l’affaire Monica Lewinsky. «Clinton aurait pu devenir l’homme qui a équilibré le budget fédéral, celui qui a forcé la paix en Irlande du Nord ou même celui qui a remis Haïti sur pied», estime l’historien Henry Graff. Au lieu de cela, les chapitres des livres d’histoire consacrés à sa présidence feront immanquablement une large place aux détails de son aventure sexuelle avec l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, selon M. Graff. «Pour quelqu’un qui, comme lui, aime la présidence, aime la Maison-Blanche et en est un fin connaisseur, cela lui fera toujours beaucoup de mal», a estimé de son côté son ancien porte-parole Michael McCurry. Bill Clinton, qui a déjà commencé à travailler sur les plans de la bibliothèque qui abritera ses souvenirs présidentiels dans sa ville natale de l’Arkansas, a toujours été préoccupé par la place qu’il laisserait dans l’histoire. Mais si l’on s’en remet à l’expérience de ses prédécesseurs dans le Bureau ovale, l’épitaphe des présidents américains a toujours accordé plus de place à leurs faux pas et leurs échecs qu’à leurs réussites. Richard Nixon, contraint de démissionner en 1974 pour éviter l’infamie d’un vote de destitution, ne figure plus dans l’histoire que comme la «victime du Watergate» ou sous le sobriquet de «Richard le rusé», allusion à ses tentatives de dissimuler son rôle dans le cambriolage du quartier général du Parti démocrate par des hommes de main pilotés par les républicains. Clinton croit en sa «bonne étoile» Andrew Johnson ne doit plus sa place dans les livres d’histoire américaine qu’à son titre de premier président «empêché». Une seule voix a manqué au Sénat, à l’issue de son procès en 1868, pour le démettre de ses fonctions. Dans certains chapitres, il est qualifié de personnage «ingrat, méprisable, d’homme avili par la trahison», de «dent cariée dans la mâchoire américaine» ou encore de «cauchemar» recouvert des «ordures de la trahison». Même l’image de Thomas Jefferson, pourtant révéré comme l’un des pères fondateurs de la nation américaine, a été sérieusement écornée par l’épisode, confirmé par la génétique, de l’enfant illégitime qu’il a eu de l’une de ses esclaves noires. Gerald Ford continue d’être raillé pour ses trébuchements à répétition, Ronald Reagan pour ses trous de mémoire et George Bush pour ses gaffes. Finalement, «seul Theodore Roosevelt a connu une présidence triomphante sans plonger le pays dans la guerre ou dans une dépression économique majeure», estime Henry Graff. Pour s’assurer définitivement une place enviable dans l’histoire, «il faut soit gagner une guerre ou être associé à une victoire militaire, et même cela ne suffit pas toujours comme l’a découvert à ses dépends George Bush», ajoute l’historien en évoquant la défaite électorale subie en 1992 par le vainqueur de la guerre du Golfe un an plus tôt. Dans le cas de Bill Clinton, Henry Graff souligne toutefois que seul le temps permettra de préciser l’héritage historique laissé par l’hôte actuel de la Maison-Blanche. «Nous ne savons pas ce qui va se passer. Un jour nous dirons peut-être qu’il n’a été cloué au pilori que pour une affaire de sexe», dit l’historien. Dans un entretien impromptu accordé au Los Angeles Times juste après le vote historique de deux articles de destitution par la Chambre des représentants, Bill Clinton a déclaré qu’il ne se sentait pas «trop abattu» et que dans «10 ou 20 ans» les historiens n’accorderaient pas tant d’importance à cet épisode de sa présidence. Peut-être un témoignage de plus de la confiance de Bill Clinton en sa légendaire bonne étoile, qui lui a jusque-là toujours permis de se sortir des situations jugées les plus inextricables...
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Bien que la destitution du président Bill Clinton par le Sénat semble aujourd’hui bien improbable, son legs dans l’histoire des États-Unis, auquel il semble tant attaché, risque fort de rester pour toujours terni par l’affaire Monica Lewinsky. «Clinton aurait pu devenir l’homme qui a équilibré le budget fédéral, celui qui a forcé la paix en Irlande du Nord ou même celui qui a remis Haïti sur pied», estime l’historien Henry Graff. Au lieu de cela, les chapitres des livres d’histoire consacrés à sa présidence feront immanquablement une large place aux détails de son aventure sexuelle avec l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, selon M. Graff. «Pour quelqu’un qui, comme lui, aime la présidence, aime la Maison-Blanche et en est un fin connaisseur, cela lui fera toujours beaucoup de mal», a estimé ...