De tous les festivals fleurissant l’été en Italie, le «circuit mythique» en Sicile est l’un des plus originaux et ambitieux: en trois mois et dans 18 des sites les plus remarquables, il renoue avec le passé prestigieux d’une île au patrimoine archéologique exceptionnel. L’idée du festival, dont la seconde édition a commencé fin juin et qui s’achève fin septembre, est née au Conseil régional qui, comme nombre d’autres institutions sur l’île, souhaite que la Sicile ne soit plus synonyme de mafia et d’insécurité. «La culture sicilienne a des racines nobles et profondes», explique Nino Strano, responsable de la politique culturelle et touristique de la région qui souhaite «redonner à la culture un rôle de premier plan». Jeudi, le festival avait pour cadre le théâtre grec de Ségeste, à 75 km à l’ouest de Palerme, sur le plateau du mont Barbaro. Le théâtre, construit au IVe siècle avant J.-C, déploie ses gradins vers l’horizon du golfe de Castellammare et rappelle que c’est en Sicile que les Grecs ont bâti leurs plus beaux temples. En contrebas, un temple considéré par les hellénistes comme l’exemple le plus parfait de l’ordre dorique, magnifiquement éclairé, épouse la colline pour une éternité de perfection. Le 23 août, c’est le Bolschoï qui aura le privilège de jouer dans ce site. Le «circuit» joue avec le superbe héritage des différents conquérants de la Sicile. A Palerme, les spectacles se déroulent au Palais des Normands, construit par les Arabes au IXe siècle, agrandi par les Normands et restructuré à l’époque souabe. A Gela, en Sicile méridionale, des concerts ou des pièces de théâtre ont lieu le long des fortifications grecques. Le bourg médiéval d’Eric qui fut le fruit de disputes entre Carthage et Rome, la splendide ville baroque de Catane, un temps occupée par les Espagnols avant d’être deux fois détruite au XVIIe siècle par un tremblement de terre et par l’éruption de l’Etna ou la villa romaine de Realmonte comptent parmi les autres sites qui accueilleront une trentaine de spectacles présentés de façon itinérante. Parmi ces spectacles figurent notamment une adaptation théâtrale du «Voyage en Italie» de Goethe ou la pièce-ballet de Molière, «Le Sicilien», ainsi qu’un hommage au fondateur du Piccolo Teatro de Milan, Giorgio Strehler. Parallèlement au festival, un film d’une dizaine de minutes, signé par Michelangelo Antonioni, sera présenté à la prochaine Mostra de Venise, en septembre, pour vanter «l’île dans une mer de lumière». Des extraits de ce film avec la comédienne Maria Grazia Cucinotta, l’héroïne du Facteur de Michael Radford, seront programmés sur les principales chaînes de télévision italiennes dans les prochains jours. Pour la Sicile, l’enjeu est d’importance. Sur les quelque 291 millions de visiteurs en Italie chaque année, seuls un peu plus de 10 millions se rendent dans l’île. «Nous n’avons droit à aucun traitement de faveur. Les médias grossissent les problèmes des incendies ou de la criminalité», se plaint M. Strano qui reconnaît également que l’île manque encore d’infrastructures et est sous-équipée. «Il y a un hôtel par km2 en Sicile contre 150 sur la Riviera. 60% des hôtels de Sicile n’ont pas d’ordinateurs», résume-t-il. Une féroce rivalité politique entre différents acteurs institutionnels locaux, une incurie administrative chronique gênent également la renaissance culturelle de la Sicile même si elle semble aujourd’hui irréversible. Un des plus tristes exemples de cet «échec» est la «malédiction de Noto» comme l’appelle le «Giornale di Sicilia». Cette ville-théâtre, berceau du baroque sicilien, conçue comme une scène qui donne sur la vallée, abrite également quelques spectacles du «circuit mythique» mais demeure une ville sinistrée. En mars 1996, la coupole de sa cathédrale du XVIIIe, minée par les infiltrations, s’est écroulée. Plus de deux ans après, les travaux sont au point mort et le 24 juillet la presse locale annonçait un nouveau report de deux mois des travaux. (AFP)
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