Il y a cinq ans, les Cambodgiens se rendaient aux urnes sous la tutelle et la protection militaire de l’ONU, maître d’œuvre d’une des opérations de maintien de la paix les plus coûteuses de son histoire. Dimanche prochain, quand ils éliront de nouveau leurs députés, la communauté internationale se contentera d’observer le scrutin, à moindre frais, ayant laissé cette fois au gouvernement cambodgien la responsabilité d’organiser des élections «libres et équitables». Les dernières élections générales se déroulèrent du 23 au 28 mai 1993 sous le contrôle de l’Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC), dans un pays instable et divisé. Elles marquaient le point culminant du processus de paix né des Accords de Paris d’octobre 1991, en son temps le plus onéreux jamais mis en œuvres par les Nations Unies: 16.000 Casques bleus et une ardoise (sur deux ans) de 2,8 milliards de dollars. L’ONU s’engagea aussi massivement en Somalie (ONUSOM) et surtout en Bosnie (FORPRONU) avec des résultats pour le moins mitigés, illustrant la difficulté de faire des Nations Unies une force d’interposition dans des conflits régionaux. Lourdeurs administratives onusiennes, contraintes financières, ambiguïté des mandats d’intervention ont, chaque fois, miné la crédibilité des forces de paix. Salué comme un succès au lendemain du scrutin — l’ONU entérina ces élections «équitables et acceptables» le 9 juin—, le bilan de l’APRONUC apparaît nettement plus nuancé cinq ans plus tard. La bonne surprise fut la participation spectaculaire de 4,25 millions de Cambodgiens, soit 90% des inscrits, aux premières élections démocratiques organisées depuis plus de 20 ans. Un «désaveu cinglant aux hommes de violence», dira le chef de la mission de paix au Cambodge, le Japonais Yasushi Akashi, saluant le peuple cambodgien «pour son courage, sa détermination, sa bonne humeur et son engagement en faveur de la démocratie et du processus de paix». Voter sans crainte Il est vrai que les Khmers rouges, alors maîtres de 20% du territoire, ne purent entraver les opérations électorales qu’ils avaient boycottés, en dépit d’attaques contre les soldats de l’APRONUC (17 tués) et d’une campagne terroriste sanglante contre la communauté vietnamienne immigrée. «Les électeurs ont pu voter sans crainte dans une atmosphère de calme qui a été presque entièrement exempte de violence et d’intimidation», estimera M. Akashi. En revanche, le patronage des Nations Unies n’a ramené ni la paix, faute d’avoir toléré des «zones autonomes» khmères rouges, ni la stabilité politique. Longtemps après le départ des Casques bleus, les maquisards polpotistes ont guerroyé contre l’armée gouvernementale dans leurs sanctuaires du Nord-Ouest, près de la frontière thaïlandaise, jusqu’à ce que les défections, les purges et la mort de Pol Pot, en avril dernier, ne portent un coup apparemment fatal à la guérilla. (AFP - Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Il y a cinq ans, les Cambodgiens se rendaient aux urnes sous la tutelle et la protection militaire de l’ONU, maître d’œuvre d’une des opérations de maintien de la paix les plus coûteuses de son histoire. Dimanche prochain, quand ils éliront de nouveau leurs députés, la communauté internationale se contentera d’observer le scrutin, à moindre frais, ayant laissé cette fois au gouvernement cambodgien la responsabilité d’organiser des élections «libres et équitables». Les dernières élections générales se déroulèrent du 23 au 28 mai 1993 sous le contrôle de l’Autorité provisoire des Nations Unies au Cambodge (APRONUC), dans un pays instable et divisé. Elles marquaient le point culminant du processus de paix né des Accords de Paris d’octobre 1991, en son temps le plus onéreux jamais mis en œuvres par...