Vingt-quatre ans après l’invasion turque du nord de Chypre, le 20 juillet 1974, l’île paraît plus que jamais divisée, la communauté internationale ne parvenant toujours pas à imposer une solution. «Il est démoralisant de voir que les efforts internationaux visant à réunifier l’île continuent non seulement de rester vains mais débouchent de plus en plus sur une consolidation de la division», commente un diplomate occidental en poste à Nicosie. Il résume ainsi l’échec d’années d’efforts déployés en particulier par l’ONU, l’Union européenne (UE) et Washington. Le chef de la communauté chypriote-turque Rauf Denktash considère que les pourparlers intercommunautaires, parrainés par l’ONU pour réunifier l’île au sein d’un système fédéral bizonal et bicommunautaire, sont «morts et enterrés après le début, en mars dernier, des négociations d’adhésion de Chypre à l’UE». Les Chypriotes-Turcs refusent de prendre part à ces négociations dans le cadre de la délégation du gouvernement chypriote. Depuis, M. Denktash réclame des pourparlers entre deux Etats, la République de Chypre reconnue par l’ONU et la République Turque de Chypre du Nord (RTCN) qu’il préside et qui est reconnue uniquement par Ankara. Le premier ministre turc Mesut Yilmaz doit participer lundi dans le nord de l’île aux festivités marquant l’anniversaire de l’intervention turque qualifiée par Ankara «d’opération de paix et de sécurité». La reconnaissance de la RTCN a été de nouveau rejetée en juin par l’ONU et Washington, qui ont fait porter aux Chypriotes-Turcs la responsabilité du blocage du processus de réunification. M. Denktash a menacé de pérenniser la division de l’île en cas de déploiement dans le sud de Chypre de missiles solaires russes S-300, prévue fin novembre. «Nous dirons que la question chypriote est définitivement close et nous inviterons la Turquie à s’installer complètement dans le nord de l’île», a-t-il averti. Pour les diplomates occidentaux, «il n’y a rien de nouveau dans les menaces de M. Denktash pour qui le problème chypriote a été résolu en 1974». Depuis, rien «ne l’intéresse» et s’il participe à des pourparlers «c’est juste lorsqu’il ne peut pas dire non à l’ONU ou à Washington», ajoute le diplomate. Croyant «faire bouger les choses» avec l’annonce d’une importante commande de missiles à la Russie, le président chypriote Glafcos Cléridès a en fait renforcé l’intransigeance de ses adversaires turcs et chypriotes-turcs et «détourné l’attention internationale du fond du problème», à savoir la partition de l’île, a toutefois regretté un responsable du puissant parti de gauche Akel. «Nous sommes aujourd’hui à la merci d’un article de presse qui peut tuer le tourisme et le gouvernement Cléridès cherche désespérément une issue honorable à l’impasse dans laquelle il se trouve», a affirmé de son côté un député chypriote-grec. «On ne peut pas nous refuser les moyens de nous défendre et nous obliger à vivre humiliés sous la menace permanente de la Turquie», a déclaré pour sa part le chef de la diplomatie Yiannakis Cassoulidès. La gravité des blocages, selon un diplomate, se traduit surtout dans le rejet par M. Denktash du processus d’adhésion de Chypre à l’UE alors qu’elle «garantirait les droits politiques et servirait les intérêts économiques» des Chypriotes-Turcs. Si les Chypriotes-Turcs persistent dans leur refus de se joindre aux négociations d’adhésion, l’UE finira par accepter une «île divisée» comme membre et cette division risque alors de devenir une «affaire permanente», a déclaré le 16 avril à Washington le Commissaire européen aux relations internationales, Hans Van den Broek. (AFP)
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