Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

Quel rôle pour la France au Liban ?

Un ancien ministre se remémore l’entretien que le président Elias Sarkis avait eu au début de la guerre avec son homologue français Valéry Giscard d’Estaing. Au chef de l’Etat libanais qui tentait désespérément de trouver une solution à la crise dans laquelle se débattait son pays, M. d’Estaing conseillait d’«aller voir Washington». Le président Sarkis avait alors entrepris des contacts avec l’Administration américaine en vue d’obtenir une entrevue avec le président Carter. Après un mois d’efforts déployés dans ce sens, la réponse vint enfin des Etats-Unis: la question libanaise n’est pas d’actualité pour le moment... Une manière de dire au chef de l’Etat libanais que sa visite serait inutile. Est-ce à dire que la France sous le mandat de Giscard était incapable d’une action en faveur du Liban? En tout état de cause, au nom d’un partenariat stratégique entre elle et la Syrie, la France pourrait aussi bien conseiller aujourd’hui aux Libanais d’aller voir Damas pour trouver une solution à leurs problèmes. Paris n’a-t-il pas reconnu que la Syrie avait un rôle à jouer au Liban? La situation était tout autre du temps des présidents Giscard d’Estaing et Mitterrand. On se souvient en effet des conséquences qu’entraînait la visite d’un responsable français à Beyrouth, dès lors que celui-ci insistait sur le rétablissement de la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire et sur le retrait des forces étrangères du pays. Nombre de dirigeants et de médias libanais reprochaient alors à Paris d’intervenir dans les affaires intérieures du Liban. En réalité, le conflit entre Paris et Damas portait en ce temps là sur la manière de traiter la crise libanaise. Contrairement à la Syrie, la France croyait au dialogue entre les belligérants pour mettre un terme à la guerre fratricide. Cette opposition dans les points de vue ne manquait pas évidemment de se répercuter sur l’état des relation franco-syriennes que caractérisaient essentiellement l’hostilité et — dans le meilleur des cas — la méfiance. En gros, aucun de ces deux pays ne reconnaissait à l’autre un rôle privilégié au Liban; jusqu’au jour de l’élection de Jacques Chirac à la présidence de la République française. La politique de Chirac Le président Chirac s’est montré «compréhensif» à l’égard du rôle de Damas au Liban. Qui plus est, les deux pays convenaient de la nécessité de «veiller à l’unité du territoire, du peuple et des institutions» au Liban. Sur le plan régional, le chef de l’Etat français ne cache pas non plus sa sympathie pour la cause arabe. En effet, les autorités françaises soulignent inlassablement la nécessité d’un retrait israélien du Golan et du Sud-Liban (conformément à la résolution 425 de l’ONU), tout en invitant l’Etat hébreu à respecter ses engagements vis-à-vis des accords d’Oslo. Mais que peuvent attendre les Libanais de la France à la lumière de la visite du président Hafez el-Assad à Paris? Une source politique influente relève dans ce contexte la déclaration faite par le président Chirac lors du dîner offert en l’honneur du chef de l’Etat syrien: «Le Liban est cher à la France. Nous le souhaitons uni, libre et souverain sur l’ensemble de son territoire». Pendant 20 ans, les Libanais ont entendu la même rengaine, et de la bouche de plus d’un responsable américain, français, britannique, chinois et russe. Mais jusqu’à présent, rien de concret concernant un retrait israélien du Sud auquel devrait logiquement succéder un retrait syrien du Liban. La France pourra-t-elle donc faire quelque chose pour le Liban qui «lui est si cher»? Des efforts déployés dans le sens d’un retour au calme au Sud et d’un retrait israélien sont-ils susceptibles d’aboutir? Si de telles démarches finissent par se concrétiser, on pourra dire alors que le président Chirac est effectivement soucieux de l’unité, de la liberté et de la souveraineté du Liban. En revanche, si le règlement de la crise libanaise demeure tributaire de l’application des accords d’Oslo et d’un retrait israélien du Golan, le Liban attendra longtemps avant de voir le bout du tunnel. La source politique susmentionnée se demande dans ce cadre si la France est en mesure de faire ce que les Etats-Unis eux-mêmes sont incapables de réaliser? Israël obéirait-il donc à Paris plutôt qu’à Washington?
Un ancien ministre se remémore l’entretien que le président Elias Sarkis avait eu au début de la guerre avec son homologue français Valéry Giscard d’Estaing. Au chef de l’Etat libanais qui tentait désespérément de trouver une solution à la crise dans laquelle se débattait son pays, M. d’Estaing conseillait d’«aller voir Washington». Le président Sarkis avait alors entrepris des contacts avec l’Administration américaine en vue d’obtenir une entrevue avec le président Carter. Après un mois d’efforts déployés dans ce sens, la réponse vint enfin des Etats-Unis: la question libanaise n’est pas d’actualité pour le moment... Une manière de dire au chef de l’Etat libanais que sa visite serait inutile. Est-ce à dire que la France sous le mandat de Giscard était incapable d’une action en faveur du...