La mort soudaine de Moshood Abiola a privé l’opposition nigériane de la seule figure emblématique capable de la représenter au plan national, estiment analystes et diplomates. Originaire du pays Yorouba, dans le sud-ouest du Nigeria, politicien milliardaire, Moshood Abiola était une figure controversée, mais il était devenu dès son incarcération, en 1994, la figure emblématique de l’opposition au régime militaire nigérian. Politiciens, militants des droits de l’homme, y compris le prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, pourtant personnellement très réservé sur la personnalité de l’homme, s’étaient déjà ralliés derrière le vainqueur présumé de l’élection présidentielle de 1993, annulée par les militaires. Il était «la seule personne d’opposition d’envergure nationale (...). Il était le seul dont tout le monde avait entendu parler», résume une diplomate occidentale. Il existe au Nigeria de nombreux mouvements d’opposition, mais «ce n’est pas une opposition unie comme il en existait une en Afrique du Sud avec l’ANC», déclarait récemment un analyste nigérian installé à Londres, Kayode Fahemi. L’unification des mouvements d’opposition est difficile dans ce pays, le plus peuplé du continent, et qui compte 250 ethnies, dont les trois principales sont les Haoussas, dans le nord, les Ibos, dans le sud-est et les Yoroubas, dans le sud-ouest. Les groupes d’opposition les plus importants sont implantés dans le sud. C’est d’ailleurs à Lagos et à Abeokuta, ville natale d’Abiola, qu’ont éclaté mardi, après l’annonce de la mort de l’opposant, des émeutes qui ont fait au moins douze morts. Trois noms Les organisations les plus importantes sont la Coalition nationale démocratique (NADECO), l’Action unie pour la démocratie (UAD), et le jeune Comité d’action commune pour le Nigeria (JACON). «Tous veulent voir les militaires quitter le pouvoir, mais au-delà de cette revendication, ils n’ont pas véritablement de programme commun», selon M. Fahemi. «Aucune personnalité n’émerge vraiment pour remplacer Abiola», renchérit la diplomate occidentale. Il «avait peut-être perdu de ce soutien populaire pendant qu’il était en prison, mais il n’y a personne d’autre qui ait ce niveau de reconnaissance et puisse jouir du même soutien qu’il avait eu en 1993», ajoute-t-elle. Parmi les personnalités de l’opposition ayant une certaine envergure et ne s’étant pas discréditées en servant les régimes militaires, seuls trois noms «viennent immédiatement à l’esprit», souligne un diplomate africain basé à Lagos. Il s’agit de «Obasanjo, Enahoro et Soyinka», ajoute-t-il. Le premier, le général Olusegun Obasanjo, a gouverné le Nigeria de 1976 à 1979, et a gagné le respect de la population en passant volontairement le pouvoir à un régime civil. Le général Obasanjo vient d’être libéré par le régime d’Abubakar, après trois années de détention. Mais il a récemment déclaré à la presse n’être intéressé par aucune responsabilité politique. Anthony Enaharo, l’un des pères de l’indépendance nigériane, acquise en 1960, et Wole Soyinka, prix Nobel de littérature, vivent tous deux en exil, et n’ont pas, auprès de la jeunesse, la notoriété qu’avait Moshood Abiola. «L’opposition est sous le choc, mais ce n’est pas la fin de la lutte pour la démocratie», a déclaré Femi Falana, avocat et militant des droits de l’homme. «Les militaires ont fait preuve de leur incapacité à nous emmener vers la démocratie», a-t-il ajouté. Mais l’opposition «doit encore prouver» qu’elle dispose de personnalités capables d’œuvrer en ce sens, répond en écho un diplomate. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La mort soudaine de Moshood Abiola a privé l’opposition nigériane de la seule figure emblématique capable de la représenter au plan national, estiment analystes et diplomates. Originaire du pays Yorouba, dans le sud-ouest du Nigeria, politicien milliardaire, Moshood Abiola était une figure controversée, mais il était devenu dès son incarcération, en 1994, la figure emblématique de l’opposition au régime militaire nigérian. Politiciens, militants des droits de l’homme, y compris le prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, pourtant personnellement très réservé sur la personnalité de l’homme, s’étaient déjà ralliés derrière le vainqueur présumé de l’élection présidentielle de 1993, annulée par les militaires. Il était «la seule personne d’opposition d’envergure nationale (...). Il était le seul...