Un gang de motards hors-la-loi; des concerts rock dans des granges, sur fond de flirt, de cocaïne et d’alcool: le démantèlement d’un trafic de drogue chez les Amish a ébranlé l’image d’une communauté religieuse, réputée pour sa discipline morale, son austérité et son refus de la modernité. Au milieu des collines du sud-est de la Pennsylvanie, dans le comté de Lancaster, où réside la deuxième communauté des Etats-Unis forte de 22.000 membres, cette affaire, la première du genre, a causé la stupeur. «J’ai grandi ici. Je peux vous dire que ça nous a soufflé», confie Terry, la tenancière de la «Hat Tavern Farm», une auberge pour touristes à la sortie d’Intercourse, le village où Peter Weir a tourné son film «Witness» (1984), avec Harrison Ford. «Depuis vingt-six ans que je suis au FBI, je n’ai jamais rien vu de tel», confie le patron de la section de Philadelphie, Robert Conforti. Selon l’acte d’accusation, les «Païens», un gang de motards rival des Hell’s Angels, fournissaient depuis 1992 cocaïne et amphétamines à deux jeunes Amish, Abner Stolztfus, 24 ans, et Abner King Stolztfus, 23 ans (sans lien de parenté). La drogue, estimée à un million de dollars, était revendue chez les jeunes de la communauté. L’affaire a aussi mis au jour une des pratiques sociales les moins connues des Amishs: une période d’initiation, durant laquelle les jeunes de 16 à 24 ans sont autorisés à «explorer» le monde moderne et à se frotter aux manières des «Anglais» (les non-Amish). Le temps de «jeter sa gourme», de trouver l’âme sœur, et aussi, de faire un choix conscient, avant de recevoir en adulte le baptême et d’épouser la vie du clan. Durant cette période, garçons et filles joignent l’un des 24 groupes de jeunes du comté, des «gangs», allant des plus conservateurs aux plus «rebelles». Les premiers, explique Richard Stevick, professeur de psychologie à l’université Messiah College, à Grantham (Pennsylvanie), continuent de respecter les règles de vie traditionnelles. Le dimanche soir, les jeunes se réunissent pour chanter et danser le quadrille. Mais, dans les gangs plus «durs» – les Antiques, les Crickets ou les Pilgrims, auxquels appartenaient les deux Amish arrêtés – on conduit des voitures, on porte des jeans et les soirées dans les granges voisines prennent un tour moins innocent: bière et alcool distillé, guitares électriques, groupes de rock locaux amish. De la drogue circule. Sur la route 30, à la sortie de Lancaster, six jeunes Amish sont attablés au «Texas Roadhouse», un restaurant tex-mex branché. L’un d’entre eux, âgé de 20 ans, jeans et tee-shirt sur une carrure d’athlète et qui se dit menuisier, confirme la présence de «coke» dans ces soirées. Sa petite amie, 16 ans, vêtue d’une coiffe blanche et d’une longue robe noire sous un napperon, reconnaît, un peu gênée, qu’il arrive que «des filles ont des ennuis». Traduire: des relations sexuelles pré-maritales, en principe interdites. Parce que leurs enfants ne sont pas encore baptisés, les parents ferment les yeux. Au terme de ces années permissives, quelque 85 à 90% des jeunes choisiront d’intégrer la communauté, non sans avoir auparavant confessé leurs pêchés. Pour Donald Kraybill, sociologue au Messiah College, ce rite de passage à une double fonction: renforcer la communauté par des adhésions positives et donner aux jeunes la perception qu’ils ont le choix. «Même si, souligne-t-il, ils ne l’ont pas vraiment parce que les forces sociales et économiques les poussent à revenir vers l’église». Le problème de la drogue était connu depuis longtemps au sein de la communauté, assure une jeune femme amish. «Les parents pensaient qu’ils pouvaient le résoudre eux-mêmes». Un ministre du culte qui dirige une congrégation, près de White Horse, et souhaite garder l’anonymat, reconnaît qu’il y avait des «suspicions» mais considère que tous ces problèmes sont exagérés et ne concernent pas plus d’une vingtaine de jeunes, soit 1% du total. Un vieil Amish déplore que l’affaire ait été mise sur la place publique: «Tout cela est malheureux. Vous savez, nous ne sommes pas parfaits ni mieux que les autres. Nous sommes juste des êtres humains». (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Un gang de motards hors-la-loi; des concerts rock dans des granges, sur fond de flirt, de cocaïne et d’alcool: le démantèlement d’un trafic de drogue chez les Amish a ébranlé l’image d’une communauté religieuse, réputée pour sa discipline morale, son austérité et son refus de la modernité. Au milieu des collines du sud-est de la Pennsylvanie, dans le comté de Lancaster, où réside la deuxième communauté des Etats-Unis forte de 22.000 membres, cette affaire, la première du genre, a causé la stupeur. «J’ai grandi ici. Je peux vous dire que ça nous a soufflé», confie Terry, la tenancière de la «Hat Tavern Farm», une auberge pour touristes à la sortie d’Intercourse, le village où Peter Weir a tourné son film «Witness» (1984), avec Harrison Ford. «Depuis vingt-six ans que je suis au FBI, je n’ai...