La résurgence de violences séparatistes cette semaine en Irian Jaya a rouvert une vieille blessure de l’histoire dont l’Indonésie espérait à tort qu’elle s’était définitivement fermée. Couverte de jungles montagneuses, la province d’Irian Jaya, qui constitue 22% du territoire de l’Indonésie, est la moitié occidentale de l’immense île pacifique dont la pointe-est est l’Etat indépendant de la Papouasie Nouvelle-Guinée. Il s’agit d’un territoire peuplé de tribus chrétiennes fortes de 1,5 million d’âmes où seuls peuvent accéder les touristes et journalistes munis d’une autorisation spéciale. Le seul mode de transport demeure l’avion. Les noms géographiques en Irian Jaya — Biak, Fak Fak et Hollandia (maintenant la capitale Jayapurta) — demeurent pour beaucoup ceux de fameuses batailles de la Seconde Guerre mondiale où ont péri des milliers d’alliés et de soldats japonais. C’est après la guerre, quand l’Indonésie accède à l’indépendance que Djakarta fait valoir en tant qu’héritier des Indes Orientales Néerlandaises son ambition sur l’Irian Occidental. Aux premiers signes de résistance des Hollandais, Djakarta infiltre des troupes puis, en mai 63, prend possession du territoire. En juillet 69, un plébiscite est conduit qui devait formaliser le contrôle indonésien malgré ses modalités jugées, depuis, de grossières par certains historiens. «Depuis ce jour, l’Irian Jaya a été un problème de sécurité interne pour l’Indonésie», a écrit l’analyste militaire australien Robert Lowry. En même temps que l’administrateur hollandais, des dizaines de milliers d’Irianais quittent le territoire pour défendre la cause de l’indépendance à partir de l’étranger. Sur place, le mouvement séparatiste Organisasi Papaua Merdeka (OPM) se forme en 1964. Répression et exode A la fin des années 70, les attaques de l’OPM contre des postes gouvernementaux et militaires indonésiens atteignent un tel degré que Djakarta envoie des renforts de troupes massifs et riposte par des bombardements aériens avec usage de napalm, selon certains rapports de l’époque. Cette répression sans pitié provoque le départ de quelque 11.000 Irianais vers la Papouasie Nouvelle-Guinée proche, sa capitale Port-Moresby et vers l’Australie. Un calme relatif s’instaure alors en Irian Jaya jusqu’en 1984 quand l’OPM reprend des opérations sporadiques. Le ressentiment des Irianais vis-à-vis de Djakarta est alimenté aussi par la politique indonésienne d’émigration forcée vers l’île de centaines de milliers de fermiers venant des zones surpeuplées de Java et de Bali. C’est en Irian Jaya que se trouve aussi la seconde plus grande mine de cuivre au monde sur les hauts plateaux du sud, exploitée par la compagnie américaine PT Freeport Indonésia et qui recèle aussi, sur 26 400 km carrés, les plus grandes réserves d’or connues de la planète. Freeport, avec une extraction de 78.000 tonnes de minerai/jour, est la plus grande source de revenus fiscaux pour le gouvernement indonésien à raison d’un milliard de dollars annuels dont très peu profitent aux populations locales. La Commission nationale des droits de l’homme a accusé les forces de sécurité indonésiennes de plusieurs exactions en 1995 lors d’opérations contre les rebelles séparatistes autour de Freeport où 16 personnes auraient été tuées et plusieurs autres torturées. Des émeutes éclatent en 1996 près de la mine, faisant au moins 4 morts et des dizaines de blessés, et au cours de la même année les séparatistes détiennent pendant 4 mois 9 otages dont 6 Européens. Ecrivant en 1993 sur l’Irian Jaya, l’auteur indonésien Djopari note que les Irianais ne se «considèrent pas indonésiens» et qu’ils se sentent en même temps privés d’un gouvernement «qui leur serait propre». (AFP-Reuters)
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