Le gouvernement japonais aurait intérêt à agir rapidement pour mettre en œuvre la restructuration du système bancaire s’il veut éviter que celle-ci ne s’effectue sous la pression des marchés, déclarent les analystes du secteur bancaire. Les autorités japonaises ont adopté jeudi un projet visant à assainir le système bancaire du pays sans priver de crédit les emprunteurs solvables et à amortir autant que possible l’impact des restructurations qui paraissent désormais inévitables. Les mesures, qui devraient être soumises au Parlement lors d’une session extraordinaire à la fin de ce mois, ont suscité une forte hausse à la Bourse de Tokyo, mais la fièvre est vite retombée, sous l’effet de prises de bénéfices et sans doute d’un certain scepticisme. L’indice Nikkei 225 a terminé sur une petite hausse de 0,66% à 16.471,58 après avoir atteint en séance un plus haut de 16.743,36. Les analystes soulignent qu’il serait exagéré de croire que le dispositif annoncé jeudi puisse résoudre rapidement les difficultés du secteur financier et pensent au contraire que des déconvenues pourraient apparaître lorsque les détails du plan seront révélés. Le dispositif adopté jeudi prévoit la création de «banques-relais» qui reprendraient les banques en faillite pour une période de deux ans maximum, pendant laquelle les prêts aux emprunteurs solvables seraient poursuivis, ainsi que le protection des déposants. Si la banque ne trouvait pas de repreneur ou de partenaire (pour une fusion) au terme de cette période, elle serait nationalisée sous l’égide de l’organisme de garantie des dépôts (Deposit Insurance Corp) pour une nouvelle période de trois ans. Les pertes qui subsisteraient au terme de cette deuxième étape seraient financées par les 13.000 milliards de yen (93 milliards de dollars) déjà réservés pour la stabilisation du système financier. Les pressions des partenaires du Japon et des marchés financiers, qui réclament un assainissement du système bancaire japonais, se sont fortement intensifiées ces dernières semaines. Il faut rappeler que ce problème dure depuis longtemps, puisqu’il résulte de l’éclatement de la «bulle financière» japonaise il y a huit ans, lorsque les prix des actions et de l’immobilier japonais se sont brusquement effondrés. Les difficultés du système bancaire ont progressivement été reconnues comme l’une des causes principales de la stagnation de l’économie japonaise, sans laquelle le redressement des autres pays asiatiques serait difficile, voire impossible. Les analystes estiment que le système des banques-relais est une mesure positive mais soulignent que le Japon ne dispose probablement pas du nombre d’experts nécessaire pour auditer l’ensemble du secteur bancaire, gérer les banques en faillite et faire le tri dans leurs créances. Promesses non tenues Ils soulignent également que le plan ne prévoit rien pour faciliter les fusions entre les banques qui, bien qu’en difficulté, sont toujours solvables. En outre, le doute persiste encore sur la volonté des autorités japonaises de faire vraiment le ménage dans un secteur financier qui souffre de surcapacités et de la concurrence des institutions financières publiques. «Il faut espérer que les déclarations d’aujourd’hui seront suivies par des actions convaincantes qui inspireront confiance», a déclaré jeudi le président de la Bundesbank, Hans Tietmeyer. Les économistes privés demandent également que les paroles soient suivies d’actes. «Sans vouloir être trop sévères, nous restons sceptiques», déclare Jens Munster, directeur des études chez West LB Securities. «Le gouvernement (japonais) a une longue liste de promesses non tenues (...) Le plan lui-même n’a pas l’air mauvais (...). Les outils sont là. La question est de savoir comment ils seront utilisés...», a-t-il ajouté. De nombreux analystes craignent que ces mesures ne permettent pas de faire face à la déconfiture éventuelle d’une des 19 grandes banques du pays. «Je ne pense pas que ce dispositif soit adéquat pour les grandes banques. Celles-ci sont, de toute façon, trop grosses pour tomber en faillite, que cela soit justifié ou non, moralement ou économiquement», déclare Alicia Ogawa, responsable des études boursières chez Salomon Smith Barney. Mais les marchés pourraient, brutalement, augmenter la pression en faveur d’une consolidation du secteur quand les prêteurs cesseront leurs crédits aux banques jugées trop faibles et dont les boursiers vendraient les actions. «Le marché pourrait devenir bien plus méchant que le gouvernement», dit Brian Waterhouse, analyste financier chez HSBC Securities. «Il (Le gouvernement) ne veut pas (faire le méchant) car cela signifierait plus de faillites, plus de difficultés, plus de gens au chômage et plus de désordre à court terme, même si cela assurerait davantage une reprise à plus long terme». «La réalité ira plus vite qu’il (le gouvernement) ne le pense», estime pour sa part Yoshihiro Sakamoto, un ancien haut-fonctionnaire, actuellement conseiller à la Bank of Tokyo-Mitsubishi. (Reuters)
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