COMME elle, il lance des regards par en-dessous, parle d’une voix douce et joue d’un charme dont il est conscient: le comte Charles Spencer ressemble indéniablement à sa sœur disparue, la princesse Diana, des traits communs qui ne se bornent pas aux expressions physiques. Bel homme tiré à quatre épingles, le timbre de voix distingué, Charles Edward Maurice Spencer est, à 34 ans, le chef de l’ancestrale famille Spencer, vieille de plus de 300 ans. A la mort de son père en 1991, il devient le neuvième comte du nom et se retrouve à la tête d’un héritage de quelque 90 millions de livres (144 millions de dollars), dont le fameux domaine familial d’Althorp, où repose Diana. Le comte Spencer entretient avec la presse britannique une relation ambiguë, faite d’une haine farouche et d’une savante manipulation à son profit. Un exercice périlleux que sa sœur Diana a pratiqué tout le long de sa vie de princesse. Sacré «Père la morale» après un discours mémorable aux funérailles de sa sœur, vilipendant la presse, Charles Spencer est très vite descendu de son piédestal. Son divorce acrimonieux en Afrique du sud – où il s’était réfugié pour fuir les médias – d’avec la mère de ses quatre enfants a fourni l’occasion rêvée aux tabloïdes de se venger. Ce qu’ils ont fait avec délectation, étrillant «ce mari trompeur, odieux, qui ose donner des leçons de vertu». De l’autre côté du miroir Il y a plus de quinze ans, le jeune frère de la future épouse du prince Charles, fringant diplômé d’Oxford, était déjà traqué. Sa vie de dandy fêtard et arrogant lui avait valu le surnom de «Champagne Charlie». Pourchassé, il passera portant de l’autre côté du miroir en travaillant quelques années comme journaliste à la télévision. Dernier-né d’une famille de cinq enfants, dont un frère mort en bas-âge, Charles a partagé son enfance avec Diana, loin des deux sœurs aînées, Jane et Sarah, nettement plus âgées. C’est avec Diana qu’il a vécu l’âpre divorce de leurs parents. Il avait trois ans, Diana six. C’est alors qu’elle a pris l’habitude de «le materner», remplaçant leur mère à qui leur garde avait été refusée, se souvient son frère. Charles Spencer a eu beau jeu d’accuser la presse, déjà, d’être responsable de l’échec du mariage de sa sœur. Une attitude qui ne l’a pas empêché de refuser à Diana une maison sur le domaine familial, où elle voulait se réfugier après son divorce. Refus qu’il justifie encore aujourd’hui par la volonté de ne pas exposer sa propre famille à une horde de paparazzi. Et qui s’était conclu par une brouille de plusieurs mois avec Diana. Pour autant, cette volonté de protéger sa vie privée est restée relative, comme en témoigne la juteuse vente, à plusieurs reprises, de «reportages» sur sa famille à un magazine, tout en multipliant les procès en diffamation. Taxé d’esprit mercantile, alors que vient d’intervenir l’ouverture payante pour deux mois de son domaine d’Althorp au public, il se défend encore: «Quel frère voudrait profiter de la mort de sa sœur?» s’indigne-t-il, en affirmant que de toute façon, quoi qu’il fasse, la presse l’attaquera toujours. La création d’un véritable lieu culte n’est qu’un «moyen de limiter et de contrôler justement le nombre de curieux» qui viendraient de toute façon, assure-t-il. Les éventuels bénéfices seront reversés à des organisations de charité, assure-t-il, après avoir promis de donner «un minimum de 10%» des recettes au fonds. Quand aux comptes, il seront publiés à la fin de l’année, a-t-il déclaré. (AFP)
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