Un adage connu dans la presse: une bonne photo en dit plus long que tout François Mauriac, entendre que tout texte aussi décent soit-il… Le reportage-photo, on ne l’ignore pas, a fait la gloire de publications aussi prestigieuses que «Life» dans le temps ou que l’increvable «National Geographic». Et c’est dans cette quête objective par l’objectif qu’il y a l’aventure, parfois, trop souvent, la mort aussi… Les reporters-photographes sont comme la langue d’Esope, le meilleur et le pire de ce que l’on peut trouver en matière de médias. Car face aux héros qui tombent pour témoigner on trouve, et le drame Diana est là pour nous le rappeler, la plaie des papparazis… Toutes ces considérations viennent un moment à l’esprit quand on contemple une exposition de clichés de presse; mais s’effacent bien vite devant l’impression, le choc des photos comme dit le slogan de Paris Match, autre illustré qui donne le pas à l’image. A son tour, dans le cadre du mois local de la photo, notre confrère An-Nahar rend hommage à ces «soldats de la paix» comme il baptise les journalistes de la pellicule. Le hall du premier étage du siège du Syndicat, où se tient l’expo, est envahi de photos de guerre. Il y en a près de 200. Sur les panneaux, montés sur des constructions métalliques, les images rivalisent d’atrocité. Sur fond de papier journal, les clichés de mort et de destruction abondent. On se retrouve rapidement plongé dans l’horreur quotidienne. L’œil capte d’abord le sujet: cadavres, immeubles éventrés, enfants ensanglantés, réfugiés fuyant les explosions... La mémoire aidant, les souvenirs d’un temps qu’on pensait enfoui à jamais rejaillissent. Il faut un moment pour que le regard, de prime abord effarouché, consente à se poser plus longuement sur ces plaies, encore trop vives. Ce n’est qu’alors qu’on apprécie une composition photographique, une luminosité, un mouvement. Le temps n’a rien changé, ces photos ont toujours le même impact. Les noms des auteurs sont marqués au coin: Sami Ayad, Ibrahim Tawil, Rafi Berbérian, Assem Ch’ayb, Nassif Nassif, Ramzi Haïdar, Aziz Tarek, Ahmad Azakir, Ali Seifeddine, Adnan Naji, Njla Abou Jahjah, Jamal Saaydi, Ali Hassan, Abbas Salman, Ali Allouche, Nabil Ismaïl, Saleh Rifaï, Ali Mohammed, Rabih Moghrabi et Michel Sayegh. Lors de l’inauguration, M. Gebran Tuéni, directeur d’An-Nahar, a rendu hommage aux photographes de presse tombés au champ d’honneur: Elias Jawhary, Adnan Karaki, Khalil Douhay, Abdel Razzak el-Sayyed, Habib Dayé, Bahjat Dakroub, Haïdar Ahmad, sans oublier Georges Sémerdjian, photographe d’An-Nahar et de L’Orient-Le Jour, mille fois blessé en photographiant des combats, que l’on pensait à la fin indestructible mais que sa baraka a un jour lâché dans le centre-ville… M. Tuéni devait d’ailleurs annoncer la création «d’un «Prix Georges Sémerdjian», qui récompensera le meilleur photo-reportage». M. Mohammed Baalbaki, président du Syndicat de la presse, a de son côté proclamé que désormais «le 30 juin, sera une journée nationale des photographes de presse».
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