De nouvelles initiatives diplomatiques tentent depuis quelques jours de relancer le dialogue entre l’Ethiopie et l’Erythrée, en conflit armé depuis plus d’un mois à leur frontière commune. Le président de la République démocratique du Congo (RDC) Laurent-Désiré Kabila a rencontré vendredi successivement le président érythréen Issaias Afeworki et le premier ministre éthiopien Meles Zenawi, pour «convaincre les deux parties d’accepter et de mettre en œuvre le plan de paix américano-rwandais», a-t-on indiqué de source officielle éthiopienne. «C’est une initiative personnelle du président de la RDC, qui entend jouer ses bonnes relations avec les deux leaders de la Corne de l’Afrique», a déclaré un diplomate africain, plutôt «pessimiste» quant aux chances d’aboutir d’une telle démarche. Le plan de paix américano-rwandais a été accepté par Addis-Abeba, mais refusé en l’état par Asmara. Parallèlement à l’initiative congolaise, le président érythréen Issaias Afeworki a souligné vendredi que la mission de paix entreprise par l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) poursuivait toujours ses travaux au niveau des ambassadeurs, alors qu’elle paraissait dans l’impasse depuis quelques jours. Dans une interview publiée samedi par le journal arabe al-Hayat, le président érythréen a souligné que son pays «n’a absolument pas rejeté la médiation de l’OUA». Le retrait érythréen «Nous avons soumis à la délégation qui est venue à Asmara le 18 juin dernier des propositions portant sur le tracé des frontières, le cessez-le-feu, le désarmement des zones frontalières et des régions conflictuelles, l’annonce d’une trêve et d’un cessez-le-feu et l’engagement dans des négociations directes», a-t-il déclaré. L’OUA avait repris à son compte certains éléments du plan américano-rwandais, mais toutes les médiations butent sur l’épineuse question du retrait des forces érythréennes sur leurs positions d’avant le début du conflit le 6 mai dernier. Addis-Abeba refuse toute négociation directe ou indirecte avec Asmara tant que cette condition ne sera pas remplie. Le président érythréen a par ailleurs accusé l’Ethiopie d’avoir, la première, violé l’engagement pris à la mi-juin de ne pas recourir aux raids aériens. «Les deux parties avaient pris cet engagement, mais nous avons réagi pour nous défendre car l’Ethiopie a informé les compagnies d’aviation qu’elles devaient notifier à Addis-Abeba l’entrée de leurs appareils dans l’espace aérien érythréen, ce que je considère comme une violation de son engagement à mettre un terme aux attaques aériennes», a estimé M. Afeworki, alors que de courts duels d’artillerie ont éclaté vendredi le long des 1.000 km de frontière entre les deux pays. Samedi, le ministre érythréen de l’Industrie Ali Abdallah s’est rendu à Damas pour remettre un message du président Issaias Afeworki à son homologue syrien Hafez el-Assad et «évoquer la situation dans la Corne de l’Afrique». Issaias Afeworki qui avait opté après l’indépendance de l’Erythrée en 1993 pour un soutien israélien, a effectué au cours des derniers mois une offensive diplomatique en direction des pays arabes, notamment en se rendant en Libye et en Arabie Séoudite. Le président djiboutien Hassan Gouled Aptidon, dont le pays participe à la médiation de l’OUA, a appelé une nouvelle fois l’Ethiopie et l’Erythrée à «entamer le dialogue», tout en qualifiant la situation actuelle de «confuse». De son côté, le Conseil de Sécurité des Nations Unies a voté vendredi à l’unanimité une résolution exigeant que l’Ethiopie et l’Erythrée «mettent immédiatement fin» aux hostilités. La résolution 1177 demande au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, «d’user de ses bons offices» en vue d’un règlement pacifique du conflit et «d’apporter un appui technique» aux deux belligérants pour «aider à la délimitation et à la démarcation éventuelle de la frontière». Le Conseil de Sécurité a également déclaré dans sa résolution son «appui résolu» à la mission de l’OUA et aux efforts déployés par les dirigeants africains. Le porte-parole de l’ONU, Fred Eckhard, a indiqué un peu plus tôt qu’il y avait des «discussions» sur une «participation» des Nations Unies à une démarcation des frontières en cas d’accord de paix. Mais il a jugé prématurée une implication de l’ONU en soulignant que l’on «était encore loin d’un accord de paix». (AFP)
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