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Actualités - Chronologie

Asmara implore Dieu d'amener la paix avec l'Ethiopie

Drapés du «gabi», traditionnel drap de coton blanc, des milliers de personnes, en majorité des femmes, couvrent la colline de l’église Enda Mariam (Sainte Marie) d’Asmara pour implorer Dieu d’amener la paix entre l’Erythrée et l’Ethiopie. Depuis trois jours, près de 3.000 personnes se réunissent à 6h du matin en réponse à l’appel lancé par le pope Johanes, patriarche de l’Eglise orthodoxe érythréenne (majoritaire) de tenir des prières dans toutes les églises du pays. Laissant couler silencieusement leurs larmes, les femmes et les hommes, priant séparément, chantent le «Meharena Christos» (Dieu ayez pitié de nous), en se courbant et se relevant au rythme de la prière comme le mouvement d’une vague. Certains se prosternent, frottant au sol leur front tatoué d’une croix, en signe de soumission totale à Dieu. Les chants et les implorations se poursuivent pendant un moment avant que les fidèles se tournent pour que leurs prières soient dirigées à chaque fois dans une direction différente et que leur mouvement reproduise le signe de la croix. Habillé de blanc et flanqué d’un jeune prêtre protégeant sa tête d’un parasol en velours mauve frappé de croix dorées, l’évêque d’Asmara, Deskorias, entame son sermon en langue tigrinya. «Seigneur, nous et les Ethiopiens sommes des frères, ils sont nos voisins et les voisins ne doivent pas se faire la guerre. Ramenez la paix entre nous», implore-t-il. «Nous devons prier ensemble et nous rapprocher de Dieu pour vivre en paix avec nos voisins comme avant», ajoute-t-il, tandis que les fidèles répondent en chœur «Amen». Âme souillée «Les humains ne sont plus propres, leur âme est souillée. Si nous prions avec ferveur et en un seul élan, le Seigneur répondra à notre appel comme il a répondu à nos ancêtres lorsqu’ils L’ont imploré pour amener la pluie après la sécheresse», lance l’évêque. Dans la foule, Almash Frezghy, 45 ans, affirme avoir fait à pied chaque jour les trois kilomètres qui séparent sa maison de l’église pour prier pour ses deux fils qui sont au front depuis le début du conflit érythro-ethiopien en mai. «Je crois que Dieu entendra nos prières et résoudra notre problème», affirme-t-elle. «Nous avons tous pleuré car nos enfants, nos frères, nos maris ou nos voisins sont loin de nous dans les combats et aussi parce que ce n’est jamais facile de faire la guerre à d’anciens amis», ajoute sa voisine Lamlam Tesfay. «Erythréens et Ethiopiens vivaient en paix depuis sept ans. Nous les avons aidés à renverser le régime de Mengistu Hailé Mariam (en 1991) et ils nous ont donné notre indépendance. Nous étions frères et devions le rester», estime-t-elle. Le différend sur le tracé de la frontière entre les deux pays, longue de 1.000 kilomètres, a dégénéré en conflit armé en mai et les aviations des deux pays ont échangé des bombardements aériens début juin à la suite d’un raid aérien éthiopien sur Asmara le 5 juin. Plusieurs mosquées d’Erythrée ont également organisé des prières pour la paix. Musulmans et chrétiens, qui constituent chacun environ la moitié de la population estimée à près de 3,5 millions de personnes, ont assisté vendredi à des messes pour prier pour les martyrs érythréens tombés au combat. Depuis le début des confrontations, Asmara s’est abstenu d’avancer des chiffres sur ses victimes, se contentant de démentir le chiffre de 10.990 dont plus de 4.000 morts avancé par Addis-Abeba. Ethiopie-Erythrée: le 2 août, sur un stade Ferveur attisée par l’image de Ronaldo et de Zidane, le prochain Mondial en tête, l’équipe nationale érythréenne de football est déterminée à disputer coûte que coûte, début août à Addis-Abeba, son premier match international, malgré la guerre qui oppose l’Erythrée et l’Ethiopie. «Nous poursuivons notre entraînement comme si rien ne s’était passé. Nous n’avons pas peur d’aller en Ethiopie car le football et le sport c’est la paix, un coup de sifflet qui donne une pause à la guerre», a affirmé Efreme Meles, buteur de l’équipe. Le match éliminatoire pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) de l’an 2000 était programmé à l’avance au 2 août, avant le déclenchement des combats armés en mai et juin. Cette rencontre sera la première occasion pour l’équipe d’Erythrée de se produire officiellement au niveau international, depuis son adhésion à la Fédération internationale de football (FIFA) le 8 juin 1998. «Les joueurs, dont la moyenne d’âge est de 23 ans, ont tous accompli leur service militaire; ils devraient donc être sur le front à l’heure actuelle. Ils en ont été exemptés pour ce match, autre forme de combat et de service national», souligne le colonel Solomon Seyoum, sous-directeur du département des Affaires sportives. «Annuler le match contre l’Ethiopie serait une grave erreur, car en football, il y a toujours un perdant et un gagnant tandis qu’à la guerre tout le monde perd», affirme-t-il. «En l’absence d’entraîneurs érythréens suffisamment expérimentés, nous nous sommes adressés à l’Egypte qui a dépêché M. Mouchir Osman il y a un mois», a précisé El Amin Seraj, responsable des Affaires sportives. Cet organe chargé des sports érythréens et dépendant du ministère de l’Education, qui gère administrativement et financièrement les sports, prend en charge les frais de logement et de déplacements de l’entraîneur, tandis que son salaire et ses billets d’avion sont réglés par le Fonds égyptien pour la coopération africaine dépendant du ministère des Affaires étrangères. Ancien joueur de l’équipe égyptienne Ahly, M. Osman, âgé de 50 ans, voit «au moins trois joueurs s’envoler vers un avenir africain après ce match, notamment le gardien de but, Berhane Araya, 27 ans, Efreme Meles et Yonas Mengestab». (AFP)
Drapés du «gabi», traditionnel drap de coton blanc, des milliers de personnes, en majorité des femmes, couvrent la colline de l’église Enda Mariam (Sainte Marie) d’Asmara pour implorer Dieu d’amener la paix entre l’Erythrée et l’Ethiopie. Depuis trois jours, près de 3.000 personnes se réunissent à 6h du matin en réponse à l’appel lancé par le pope Johanes, patriarche de l’Eglise orthodoxe érythréenne (majoritaire) de tenir des prières dans toutes les églises du pays. Laissant couler silencieusement leurs larmes, les femmes et les hommes, priant séparément, chantent le «Meharena Christos» (Dieu ayez pitié de nous), en se courbant et se relevant au rythme de la prière comme le mouvement d’une vague. Certains se prosternent, frottant au sol leur front tatoué d’une croix, en signe de soumission...