Le nouveau chef de l’Etat nigérian, le général Abdulsalam Abubakar, a fait un premier geste politique dans le sens de la réconciliation nationale en libérant l’ancien chef d’Etat, le général Olusegun Obasanjo et huit autres détenus. Le général Obasanjo, 61 ans, qui avait été, en octobre 1979, le premier chef d’Etat militaire africain à remettre le pouvoir à un président civil élu, purgeait depuis juillet 1995 une peine de 15 ans de prison pour implication présumée dans un coup d’Etat avorté en mars de la même année qui visait à renverser le régime du général Sani Abacha. Ces libérations surviennent moins d’une semaine après l’entrée en fonction du général Abdulsalam Abubakar qui a succédé au général Sani Abacha, décédé lundi. Une personnalité importante de l’opposition, avocat de renom et militant bien connu de la défense des droits de l’homme, le chef Gani Fawehinmi, a qualifié le geste de «grand pas en avant». «Je suis ravi. C’est un bon début. C’est un premier pas impressionnant qui devrait être suivi par la libération de tous les autres détenus politiques et l’installation du chef Moshood Abiola comme président du pays», a-t-il précisé. Les autres détenus libérés sont les suivants: Christina Anyanwu, directrice du défunt magazine «The Sunday Magazine» (TSM), le Dr Beko Ransome-Kuti, président de Campagne pour la Démocratie, une organisation de défense des droits de l’homme, Alhaji Ibrahim Dasuki, ancien sultan de Sokoto (nord), le chef Bola Ige, responsable de la Coalition démocratique nationale (NADECO, opposition), le chef Olabiyi Durojayi, un autre responsable de la NADECO, Frank Kokori, responsable du syndicat des employés du pétrole (NUPENG), Milton Dabibi, responsable du syndicat des cadres du secteur pétrolier (PENGASSAN), et M. Uwen Udoh. Ces libérations ont été effectuées pour «faciliter le processus de reconstruction et de réconciliation nationale et assurer la réussite du programme de transition» en cours vers la démocratie, souligne le communiqué. Le général Abubakar a déjà commencé ses entretiens avec les responsables des organes chargés d’assurer la transition vers un régime civil démocratique. Il a également eu des entretiens avec les représentants des cinq partis officiellement reconnus. L’échéance d’août Le programme de transition mis en place en octobre 1995 doit s’achever officiellement en octobre prochain par la passation des pouvoirs par les militaires à un régime civil démocratiquement élu. Conformément à ce programme, l’élection présidentielle doit avoir lieu le 1er août prochain mais a été dénoncée par l’opposition comme étant une «farce». Le général Obasanjo a été libéré pour des raisons humanitaires et confiné dans un premier temps, selon le communiqué officiel annonçant sa libération, dans sa ferme de Otta à environ 60 kilomètres au nord de Lagos. Alhaji Dasuki, sultan de Sokoto, qui était au moment de son arrestation la plus haute autorité islamique du pays, a été déposé en avril 1996 sous l’accusation de détournement de fonds publics. Il a été détrôné et détenu à plusieurs kilomètres de Lagos. Il est actuellement en résidence surveillée à Kaduna avec interdiction de se rendre dans son sultanat de Sokoto. Ecrivain et journaliste, Christina Anyanwu, a été libérée pour raisons de santé de même que Beko Ransome-Kuti, médecin et militant bien connu de la défense des droits de l’homme. Mme Anyanwu et M. Ransome-Kuti, 58 ans, jeune frère du chanteur Fela, purgent depuis 1995 une peine de 15 ans de prison pour leur implication présumée dans le coup d’Etat avorté en mars de la même année contre le régime du général Abacha. Le chef Bola Ige, ancien gouverneur civil de l’Etat d’Oyo (1979-83) et l’un des dirigeants de la coalition de l’opposition NADECO, a été arrêté le 2 mai dernier à Ibadan, à la suite d’émeutes dans la ville au cours desquelles sept membres de l’opposition ont été tués au cours d’affrontements avec la police. Le chef Olabiyi Durojaiye, 65 ans, avocat et dirigeant de la NADECO, était détenu depuis décembre 1996 en vertu des lois sur la détention préventive. Frank Kokori et Milton Dabibi, dirigeants de deux des plus puissants syndicats du pays dans le secteur pétrolier, étaient détenus depuis 1994 à la suite de leur arrestation lors de la grève de deux mois au cours de l’été 94 du personnel des compagnies pétrolières, grève qui avait paralysé toute l’activité économique du pays. Le général Abubakar a assuré que le cas d’autres détenus serait pris en considération périodiquement. En mars dernier, le pape Jean-Paul II avait effectué une visite de trois jours au Nigeria au cours de laquelle il avait demandé la libération de soixante détenus politiques. Certaines des personnes libérées feraient partie de la liste soumise aux militaires par le souverain pontife. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le nouveau chef de l’Etat nigérian, le général Abdulsalam Abubakar, a fait un premier geste politique dans le sens de la réconciliation nationale en libérant l’ancien chef d’Etat, le général Olusegun Obasanjo et huit autres détenus. Le général Obasanjo, 61 ans, qui avait été, en octobre 1979, le premier chef d’Etat militaire africain à remettre le pouvoir à un président civil élu, purgeait depuis juillet 1995 une peine de 15 ans de prison pour implication présumée dans un coup d’Etat avorté en mars de la même année qui visait à renverser le régime du général Sani Abacha. Ces libérations surviennent moins d’une semaine après l’entrée en fonction du général Abdulsalam Abubakar qui a succédé au général Sani Abacha, décédé lundi. Une personnalité importante de l’opposition, avocat de...