L’Egypte va déménager des centaines de tanneries qui polluent le vieux Caire depuis des années et compte en profiter pour transformer une activité encore artisanale en une industrie exportatrice. Les tanneurs ont commencé à s’installer au début du siècle derrière les arches de l’aqueduc de Saladin, dans le quartier de Magraa al-Uyun, alors éloigné de la ville. Aujourd’hui, leurs ateliers malodorants se retrouvent au cœur des quartiers pauvres qui ont poussé à la faveur de l’explosion urbaine. Un projet égypto-italien devrait être lancé cette année pour déménager les 320 tanneries du Caire près de la ville nouvelle de Badr à 45 km au nord-est de la capitale. L’investissement représente pour le gouvernement quelque 500 millions de livres (147 millions de dollars). «L’industrie du cuir présente actuellement un chiffre d’affaires de trois milliards de livres (environ 900.000 USD), que nous espérons doubler grâce à ce projet», explique Mamdouh Thabet Mekki, président de la Chambre du cuir. M. Mekki, également député et directeur d’une des plus anciennes tanneries du vieux Caire, el-Chark, est un chaud partisan du déménagement. «Cela nous aidera à devenir réellement exportateurs. Aujourd’hui, nous gagnons moins de 50 millions de dollars à l’export. Cinq ans après le déménagement nous tablons sur un milliard de dollars». Autour des tanneries actuelles, des chevaux tirent des charrettes débordant de peaux de mouton ou de buffle tandis que des égouts à ciel ouvert charrient une eau trouble chargée de produits chimiques, certains hautement toxiques. «Nous ne pouvons débuter le prochain millénaire comme cela. Nous devons progresser, faire attention à l’environnement», déclare Hassan Ali Hassan, président de Cairotan, l’une des plus importantes tanneries de la place. Les tanneries, entassées sur quelque 27 hectares, disposeront d’une superficie dix fois supérieure sur le nouveau site choisi, aux termes du projet présenté la semaine dernière à la demande du ministère de l’Industrie par la firme de consultants italienne Assomac Servizi associée à Egitalec, une société égypto-italienne. «Le manque d’espace et l’impossibilité de moderniser l’industrie dans le site actuel ont poussé le gouvernement à déménager les tanneries», explique le directeur général d’Egitalec, M. Ahmed al-Nozahi. Le projet «aidera à réduire la pollution au Caire et fournira un cadre adéquat permettant d’utiliser des technologies plus propres et plus modernes allant de la tannerie jusqu’au produit fini», ajoute-t-il. La capacité de production de cuir devrait ainsi doubler et se situer à quelque 18 millions de m2 d’ici 2016. Au terme du projet, le nouveau site intégrera au sein d’une «zone verte» 118 tanneries de toutes tailles, 154 manufactures de chaussures et produits en cuir et 75 usines de colle. Selon M. Mekki, le gouvernement financera l’infrastructure en fournissant gratuitement le terrain. Il pourrait également aider les industriels en leur offrant des prêts à taux préférentiels. (AFP)
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