Jusqu’au 12 juillet, de 15h à minuit, les femmes sont libres... pour cause de foot tous azimuts. Prostrés-avachis devant leurs écrans, tétanisés par les aller-retour du ballon rond, pris de soubresauts nerveux devant chaque passe ratée, poussant des hurlements convulsifs à chaque but, les hommes du pays s’inscrivent en période de Mondial aux abonnés absents. Qu’à cela ne tienne, la gent féminine sait toujours tirer avantage des pires inconvénients! Laissant leurs époux, fiancés, petits amis, rejetons ou frères devant leur poste, elles profitent de leur liberté retrouvée pour s’amuser entre copines. Au programme de leurs activités favorites: courses en ville favorisées par un pic d’embouteillage au plus bas, jogging dans les rues désertes et cinés dans des salles «dévirilisées» où elles peuvent se laisser aller à faire, sans complexes, des commentaires croustillants... De là à conclure que ces dames ne s’intéressent pas au foot, il n’y a qu’un pas... à ne pas franchir! Elles sont, en effet, de plus en plus nombreuses à suivre avec intérêt — ou par intérêt — les tribulations... des Apollons du ballon rond. Elles ont de 7 à 77 ans, discutent «dribble», «shoot», «coup franc», «penalty», «jeu de jambes» mais aussi surtout, belle gueule, beaux maillots, belle chevelure (genre Ginola, dont elles regrettent d’ailleurs l’absence). Bref, elles ont des critères de sélection pour le moins subjectifs. Jugez-en plutôt: — Carole, 27 ans, mariée, aime bien le football. Mais d’un amour intéressé. «Je n’ai pas le choix», dit-elle. «Si je veux voir mon mari -un mordu de la coupe du monde- il faut que je suive les matches avec lui». A force d’ingurgiter des images de joueurs courant après un ballon, Carole a fini par se piquer au jeu. Du coup, elle «supporte» avec enthousiasme l’équipe italienne. «J’ai des cousins italiens», avance-t-elle avant de glisser, un ton plus bas «... et les joueurs sont beaux. J’aime bien aussi les brésiliens parce qu’ils sont les rois du foot». — Maya, 27 ans, célibataire, ne sait plus où donner de la tête: «Je suis pour toutes les équipes, sauf le Brésil. Et cela par pur esprit de contradiction, tellement je trouve leurs supporters libanais arrogants. J’avoue cependant bien aimer leur jeu». (Quand la contradiction se contredit!). «Mes préférés restent toutefois les Italiens, parce qu’ils sont beaux. Suivis des Allemands pour leur esprit rationnel, des Argentins pour un de leurs joueurs, superbe éphèbe aux cheveux longs. Et enfin les bruns espagnols, aux belles jambes...». On peut légitimement se demander ici s’il s’agit pour Maya d’équipe de foot ou de troupe de Chippendales! — Eliane, 32 ans, fait elle, contre mauvaise fortune bon cœur. «Mon mari étant un fou de foot, il a bien fallu que je m’y mette aussi. Evidemment, je n’irais pas jusqu’à voir les Ansar-Nejmeh. Ni, jusqu’à me taper tous les matchs qui passent à la télé. Mais je me suis prise au jeu... des beaux italiens surtout». Les supportrices les plus acharnées ne sont pas nécessairement les plus jeunes. La preuve, Régine, la soixantaine pimpante suit, «pour la première fois cette année, quelques matches, les plus spectaculaires seulement. Comme je m’intéresse réellement au jeu et non à la plastique des joueurs, je prends des paris contre mon mari, on se défie, on commente et cela fait des stimuli pour notre couple». C’est ce qui s’appelle avoir l’esprit -foot...
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