La Turquie a annoncé jeudi la suspension de toute négociation sur des contrats de défense d’un montant d’au moins 10 milliards de dollars avec la France jusqu’à la fin du processus parlementaire engagé dans ce pays concernant une loi reconnaissant le génocide arménien. «Un processus est en cours au parlement français à propos de cette loi. Tant que ce processus se poursuit, s’il y a des choses à signer, c’est suspendu. S’il y a des choses à négocier, c’est suspendu jusqu’à la fin de ce processus», a déclaré le porte-parole de la diplomatie turque, Necati Utkan, lors d’un point de presse à Ankara. L’Assemblée nationale française avait adopté le 29 mai une proposition de loi affirmant que «la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915». Pour devenir une loi, cette proposition doit encore être adoptée par le Sénat et signée par le président Jacques Chirac. La France est sur les rangs pour emporter notamment deux gros contrats de l’armée turque concernant la production en commun de 145 hélicoptères d’assaut pour quatre milliards de dollars et de 1.000 chars de combat pour quelque cinq milliards de dollars. La société franco-allemande Eurocopter est en compétition avec des sociétés américaines, russe et italienne pour le premier appel d’offres, la compagnie publique d’armements terrestres français GIAT étant en lice pour le second, face à 10 autres sociétés étrangères. La signature d’un contrat entre Aérospatiale et l’industrie turque, d’un montant de 450 millions de dollars, pour la production en commun en Turquie de missiles antichar Eryx, prévue pour la semaine dernière, avait déjà été reportée. «Il ne s’agit pas d’une annulation de contrats avec la France, pour le moment, il s’agit d’un report. Nous attendons que le processus se termine. Nous espérons que cette proposition de loi ne sera pas adoptée» définitivement, a ajouté M. Utkan. Derrière les USA La France, après les Etats-Unis, est actuellement le deuxième fournisseur de la Turquie en armements et dans le cadre de la modernisation de ses armées, Ankara a d’autres projets militaires d’un montant allant jusqu’à cinq milliards de dollars, notamment l’achat de frégates et de sous-marins. Les appels d’offres n’ont pas encore été lancés. De sources turques, on a indiqué que la mesure prise par Ankara pourrait être étendue au secteur énergétique où des compagnies comme Framatome, Campenon Bernard, Cegelec et GEC Alsthom sont en lice pour des projets totalisant 30 milliards de dollars sur 10 ans, concernant la construction de centrales nucléaires et électriques, de métros, de barrages et de leurs centrales hydro-électriques. La Turquie rejette le mot «génocide» et ne reconnaît qu’une répression contre les Arméniens, coupables selon elle d’avoir collaboré avec l’ennemi russe pendant la première guerre mondiale. Les déportations d’Arméniens de 1915 à 1917 vers la Syrie, alors province de l’Empire Ottoman, ont fait entre 1,2 et 1,3 million de morts selon les Arméniens et 250.000 à 500.000 selon les Turcs. (AFP)
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