Les ministres des Finances de la zone euro porteront jeudi sur les fronts baptismaux l’Euro-11, leur forum de coordination des politiques économiques, sans trop de ménagement pour les quatre pays qui n’en font pas partie. La réunion inaugurale de ce cénacle appelé à prendre une importance majeure pour le pilotage de la future monnaie unique aura lieu dans le château luxembourgeois de Senningen à la veille de la réunion mensuelle des «grands argentiers» de l’UE. Deux jours après la première réunion du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), l’Histoire devrait surtout retenir la simple tenue de cette rencontre, qui devrait permettre d’organiser la vie de l’Euro-11, notamment son budget ainsi que la participation de la Commission et de la BCE. Pour pimenter l’exercice, la Commission européenne a bien proposé que les «Onze» débattent de l’exécution des budgets 1998 et des grandes lignes des budgets pour 1999 afin d’éviter tout dérapage. Mais la discussion sur ces points sera brève. Les quatre pays qui ne feront pas partie de la monnaie unique dès le 1er janvier 1999 — Royaume-Uni, Suède, Danemark et Grèce — percevront ainsi le risque pour eux d’être écartés d’une enceinte dont les décisions se feront sentir dans toute l’UE. Le Danemark et la Grèce seront en effet liés à l’euro par un mécanisme limitant les fluctuations de change, tandis que la Suède et le Royaume-Uni subiront toutes les décisions qui seront prises par les «Onze», sans pouvoir les influencer. Si, pour préserver les apparences, la Grande-Bretagne, qui préside actuellement l’Union européenne, participera au début de la réunion et y représentera les Quinze, le chancelier de l’Echiquier, Gordon Brown, devra ensuite s’éclipser. Jeunes mariés Le ministre français des Finances, Dominique Strauss-Kahn, qui avait il y a quelques mois comparé l’Euro-11 à une chambre occupée par de jeunes mariés qui veulent y rester entre eux, entend en effet marquer la différence entre les membres du club et ceux qui ne veulent pas (encore) payer leur cotisation. Pour la France, la réunion de ce forum dont la création a été arrachée de haute lutte à l’Allemagne, représente une victoire, même si l’on est loin du «gouvernement économique» souhaité pour faire contrepoids à la BCE indépendante. Une fois les obligations protocolaires évacuées, la réunion proprement dite sera donc présidée par le ministre autrichien des Finances, Rudolf Edlinger, dont le pays assume la prochaine présidence de l’UE, pour les choses sérieuses. L’«éviction» de Gordon Brown fait d’ailleurs les choux gras de la presse britannique: la BBC a prévu des équipes de tournage à toutes les issues du château pour filmer son arrivée et son départ dans des conditions passablement humiliantes pour le pays qui abrite la plus importante place financière européenne. C’est précisément pour éviter ce sort que le premier ministre Tony Blair s’était battu comme un beau diable contre la création de l’Euro-11 avant de s’avouer vaincu en décembre dernier en échange d’un très précaire strapontin. La prochaine réunion de l’Euro-11, où les budgets et les salaires seront comparés, tandis que la politique des taux de change pourra être évoquée, aura lieu en juillet prochain. La réunion de septembre sera quant à elle élargie aux Quinze, une manière de panser les plaies du Royaume-Uni. L’Autriche entend dans l’avenir convoquer les réunions de l’Euro-11 dans la matinée qui précède celles des ministres des Finances des Quinze afin de rationaliser l’exercice. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les ministres des Finances de la zone euro porteront jeudi sur les fronts baptismaux l’Euro-11, leur forum de coordination des politiques économiques, sans trop de ménagement pour les quatre pays qui n’en font pas partie. La réunion inaugurale de ce cénacle appelé à prendre une importance majeure pour le pilotage de la future monnaie unique aura lieu dans le château luxembourgeois de Senningen à la veille de la réunion mensuelle des «grands argentiers» de l’UE. Deux jours après la première réunion du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), l’Histoire devrait surtout retenir la simple tenue de cette rencontre, qui devrait permettre d’organiser la vie de l’Euro-11, notamment son budget ainsi que la participation de la Commission et de la BCE. Pour pimenter l’exercice, la Commission européenne a...