Le procureur indépendant Kenneth Starr met les bouchées doubles pour faire avancer l’enquête sur l’affaire Lewinsky, dans une bataille judiciaire dont certains experts soulignent qu’elle rend le président américain Bill Clinton de plus en plus vulnérable. «Nous arrivons à une étape cruciale», estimait ainsi vendredi Steve Hess, expert de la présidence à la Brookings Institution, contacté par téléphone. Kenneth Starr «gagne de plus en plus la bataille légale», ajoutait-il. Le procureur a cette semaine fait feu de tout bois. Il a obtenu jeudi de Monica Lewinsky qu’elle fournisse ses empreintes digitales et un échantillon de son écriture. La pression monte autour de l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche et certains experts n’excluent plus qu’elle soit inculpée si elle refuse de coopérer avec les enquêteurs. A Washington, l’avocat Vernon Jordan, ami du président, a dû témoigner une quatrième fois devant le grand jury fédéral. Un nouveau grand jury a été mis en place à la demande de M. Starr à Alexandria (Virginie), un Etat limitrophe de Washington où les procès ont lieu dans des délais beaucoup plus courts que dans la capitale fédérale. Et M. Starr a demandé à la Cour suprême d’accepter de considérer d’ici fin juin la question du «privilège de l’exécutif», invoquée par deux proches conseillers de M. Clinton pour refuser de témoigner. La réponse de la cour n’était pas connue vendredi. Mais la démarche est hautement inhabituelle, M. Starr cherchant à gagner du temps en passant outre l’étape normale de la Cour d’appel fédérale. M. Starr a invoqué pour cela l’«intérêt de la nation». Sa démarche rappelle un précédent célèbre dont M. Clinton se passerait bien, celui de l’ancien président Richard Nixon en 1974: M. Nixon avait invoqué le privilège de l’exécutif pour refuser de remettre des bandes magnétiques. Un procureur avait demandé à la Cour suprême de trancher selon une procédure accélérée. Celle-ci avait accepté et donné tort à M. Nixon, qui avait peu après démissionné. M. Starr enquête sur de possibles parjure, obstruction de la justice et subornation de témoins par Clinton, qui aurait eu une liaison avec Monica Lewinsky, 24 ans, aurait menti sous serment à la justice en niant cette relation et aurait demandé à la jeune femme de faire de même. Depuis quatre mois qu’a éclaté le scandale, M. Clinton a publiquement nié cette liaison, mais s’est refusé à toute explication sur la teneur de ses relations avec la jeune femme. Il affirme vouloir se concentrer sur sa seule tâche de président. Sa stratégie semble payer en terme de popularité: près de 60% des Américains disent apprécier sa prestation de président, mais plus de la moitié ne croient plus en son intégrité. «La Maison-Blanche gagne peut-être la bataille des relations publiques (...) mais au bout du compte, ce pays est régi par des lois, pas par des relations publiques», souligne Steve Hess pour qui la situation évolue «dans la direction de Kenneth Starr». «Le président est plus menacé, car sa ceinture de protection diminue», estime également Allan Lichtman, expert de l’American University. M. Starr a effectivement remporté ces dernières semaines plusieurs batailles: le juge Norma Holloway Johnson, noire et démocrate, a estimé que les agents du Secret Service, qui protègent le président, ne pouvaient refuser de témoigner, pas plus que Bruce Lindsey et Simon Blumenthal, deux de ses plus proches conseillers. Elle a également estimé que Mlle Lewinsky ne bénéficiait d’aucune immunité juridique, ce qui pourrait la pousser à coopérer, de peur d’être inculpée si le procureur peut prouver qu’elle a menti sous serment. Mais selon Allan Lichtman, «ce qui compte vraiment, c’est la solidité des éléments et des informations qui seront transmises au Congrès» par M. Starr. A cet égard, le temps lui apparaît compté, car les élections de novembre risquent de bientôt largement occuper le Congrès. (AFP)
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