Le nouveau président indonésien a pris toute une série d’engagements au cours de sa première semaine au pouvoir, mais les défis auxquels il est confronté sont tels que certains doutent de la possibilité de les relever rapidement. «Il se trouve dans une position de faiblesse pour satisfaire certaines des demandes de l’opposition», a expliqué un diplomate de haut rang. La première priorité du gouvernement investi samedi dernier est de relancer l’économie du pays, déjà mise à mal par une crise financière aiguë, et sur le bord de l’effondrement après deux semaines de troubles politiques qui ont mis un terme aux 32 ans de règne de l’ancien président Suharto. Mais la tâche n’est pas aisée étant donnée l’imbrication de la politique et de l’économie. La croissance économique dépend de la stabilité politique et vice versa. De ce point de vue, en respectant ses engagements en matière de réforme politique — en particulier celui d’organiser des élections législatives d’ici six à douze mois — Habibie a marqué quelques points, même auprès de ses détracteurs. Rétablir la roupie Certains voudraient avancer la date du scrutin, mais d’autres justifient ce délai par la complexité de la réforme nécessaire pour organiser un scrutin dans un pays de 200 millions d’âmes. Le ministre de l’Economie Ginandjar Kartasamita a estimé que la préparation du scrutin nécessitait plusieurs mois et peut-être plus d’un an. La date du scrutin devra être fixée par l’Assemblée consultative du peuple, a-t-il précisé. L’enjeu de ce processus est crucial: de la perception qu’aura la communauté financière internationale de la stabilité politique en Indonésie dépendra le rétablissement de la roupie à un taux de change acceptable. L’effondrement de la monnaie nationale depuis juillet dernier — d’environ 2.400 roupies pour un dollar, le taux est passé aujourd’hui à environ 10.500 roupies — a plongé le pays dans la crise la plus grave qu’il ait connue depuis des décennies. Les prix et le chômage sont montés en flèche, la plupart des entreprises sont au bord de la faillite et les échanges commerciaux se sont pratiquement interrompus. Dans le «Jakarta Post», l’économiste Mari Pangestu estime qu’il faudra du temps pour ramener la roupie ne serait-ce qu’à son niveau de 7.000 pour un dollar, atteint avant le déclenchement il y a deux semaines des émeutes, à Djakarta et dans d’autres villes, qui ont provoqué la fuite de milliers de personnes, indonésiennes ou étrangères. Pour mener à bien les réformes économiques nécessaires, le successeur — et protégé — de Suharto ne fait pas l’unanimité. Habibie qui est âgé de 61 ans serait un bon dirigeant de transition. Mais selon l’observateur Bruce Gale, Habibie est un président très faible qui dispose de très peu de soutiens. Pour réussir il lui faut dire clairement qu’il ne compte pas rester, mais seulement mettre les réformes en route, estime Gale. En tant qu’homme issu du sérail de Suharto, le nouveau président aura en particulier du mal à être crédible, en dépit de ses promesses — réalisées sous la pression intense de l’opposition et de certains membres de son gouvernement — de lutter contre la corruption et le népotisme caractéristiques du régime de son prédécesseur. Jusuf Habibie a déjà pris des dispositions à l’encontre des membres de la famille de Suharto qui ont amassé des fortunes grâce à leur position, des contrats de complaisance ont été annulés ou vidés de leur contenu, mais le nouveau président lui-même et sa famille ne sont pas à l’abri de tout soupçon. Le facteur temps Pourtant, le nouvel homme fort pourrait bénéficier de la crainte qu’un nouveau changement à la tête du pays, s’il intervenait trop tôt, ne fasse qu’accentuer l’instabilité du pays et aggraver la crise économique. Le débat sur la réforme électorale et institutionnelle dont l’objectif est de donner au gouvernement une légitimité nouvelle devrait lui accorder un peu de temps. Certains préconisent un système de circonscriptions tandis que d’autres demandent l’instauration d’une certaine forme de représentation proportionnelle pour éviter que le Parlement soit accaparé par les Javanais, qui représentant 60% de la population. D’autres encore craignent le chaos que provoquerait une multiplication des partis, ou la renaissance des mouvements séparatistes des années 1950. A cet égard, Habibie dispose pour le moment d’un autre atout majeur: le soutien de la puissante armée qui a supervisé jusque-là les changements à la tête de l’Etat et veille à protéger l’intégrité du pays tout en soutenant les réformes. (Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le nouveau président indonésien a pris toute une série d’engagements au cours de sa première semaine au pouvoir, mais les défis auxquels il est confronté sont tels que certains doutent de la possibilité de les relever rapidement. «Il se trouve dans une position de faiblesse pour satisfaire certaines des demandes de l’opposition», a expliqué un diplomate de haut rang. La première priorité du gouvernement investi samedi dernier est de relancer l’économie du pays, déjà mise à mal par une crise financière aiguë, et sur le bord de l’effondrement après deux semaines de troubles politiques qui ont mis un terme aux 32 ans de règne de l’ancien président Suharto. Mais la tâche n’est pas aisée étant donnée l’imbrication de la politique et de l’économie. La croissance économique dépend de la stabilité...