L’actuel gouvernement conservateur de José Maria Aznar se retrouve en position d’accusé dans le procès des escadrons de la mort antiséparatistes basques (GAL) où sont pourtant jugés d’anciens hauts responsables socialistes. L’ex-inspecteur de police Michel Dominguez, un des douze accusés dans l’affaire des Groupes antiterroristes de libération (GAL), a créé la surprise en mettant en cause directement M. Aznar et le vice-président de l’exécutif Francisco Alvarez Cascos pour leur rôle présumé au cours de l’instruction du dossier. M. Dominguez a accusé MM. Aznar et Alvarez Cascos, alors dans l’opposition, de lui avoir promis en 1994 une mesure de grâce à condition qu’il accepte d’impliquer l’ancien gouvernement socialiste dans la «guerre sale» menée contre l’ETA (28 assassinats entre 1983 et 1987). La grâce de l’ex-policier, condamné en 1991 à 108 ans de prison pour son appartenance aux GAL, devait se concrétiser si le Parti populaire (PP) gagnait les élections de 1996, comme il l’a fait. M. Dominguez a assuré qu’une réunion s’était tenue en décembre 1994, soit juste avant que n’éclate le scandale des GAL, entre son avocat Jorge Manrique et l’actuel vice-président du gouvernement. M. Alvarez Cascos a alors «garanti à mon avocat qu’une fois que (la droite) arriverait au pouvoir, ils s’occuperaient de nous», a-t-il déclaré en affirmant que cette initiative était «totalement» soutenue par M. Aznar. M. Alvarez Cascos avait déjà été accusé, fin avril mais cette fois uniquement par les socialistes, d’avoir joué un rôle dans l’affaire des GAL en proposant des grâces aux accusés secondaires s’ils acceptaient d’impliquer des personnalités socialistes, dont notamment l’ex-ministre de l’Intérieur José Barrionuevo. Au niveau politique Le numéro deux du gouvernement avait cependant catégoriquement démenti ces accusations. «Personne ne peut m’imputer une quelconque complicité dans les délits commis par les GAL, ou une quelconque conduite pour gêner l’action de la justice» dans cette affaire, avait-il affirmé devant le Parlement. M. Alvarez Cascos aura bientôt l’occasion de s’expliquer à nouveau sur ces accusations car il est cité comme témoin dans le procès qui s’est ouvert lundi à Madrid devant le Tribunal suprême. En attendant, les socialistes ont profité des déclarations de M. Dominguez pour lancer de dures attaques contre le gouvernement conservateur alors que le procès des GAL, concernant l’époque où ils étaient au pouvoir, devrait les mettre plutôt sur la défensive. «Les déclarations de Dominguez illustrent bien le comportement de Cascos» et il est «terrible pour la démocratie que l’actuel vice-président du gouvernement se soit servi du pouvoir qu’il avait pour conditionner un témoin», a déclaré mardi le leader socialiste Josep Borrell. Le début du procès des GAL n’a toutefois pas été seulement favorable aux socialistes. Loin s’en faut: un autre policier, José Amedo, accusé comme M. Dominguez, a déclaré que les crimes commis par les escadrons de la mort antiséparatistes basques avaient été le fruit de «décisions politiques prises au plus haut niveau» de l’ex-gouvernement socialiste. «Les décisions étaient prises au niveau politique, en comptant avec le ministre de l’Intérieur» José Barrionuevo, a affirmé M. Amedo en expliquant qu’il avait reçu en 1987 le soutien non seulement de M. Barrionuevo mais aussi celui de l’ancien président de l’exécutif socialiste Felipe Gonzalez. (AFP)
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