Au Bénin, on les appelle les «vidomégons», (personnes à charge) en langue fon: confiés à des inconnus par des parents en détresse, ils sont plus de 400.000 enfants employés dans les foyers béninois, taillables et corvéables à merci, souvent battus. Selon les récentes statistiques de la Direction de la protection sociale (DPS), leur nombre a considérablement augmenté, passant de 100.000 en 1994 à plus de 400 mille en 1998 (pour une population totale de 5 millions d’habitants), presque en totalité des fillettes. Les départements de l’Atlantique, de l’Ouémé, du Mono et du Zou (centre et sud) constituent les zones de forte concentration: trois ménages sur cinq «possèdent» au moins un «vidomégon», âgé de 10 à 15 ans, parfois moins. Au nord, où sont installées plusieurs usines d’égrenage de coton, les parents préfèrent utiliser leurs enfants dans les plantations... «Depuis que mon mari a été renvoyé de son travail, il ne s’occupe plus de nos trois enfants. Je suis la seule à subvenir à leurs besoins malgré mes maigres ressources», explique Albertine Zounou, vendeuse de pain. «La seule solution était de confier deux enfants à des amis et consacrer le peu que j’ai à leur petit frère qui n’a que deux ans», ajoute-t-elle. Théoriquement confiés à des familles qui se chargeront de leur éducation, les enfants sont en fait réduits en esclavage. Claudine, 10 ans, placée chez sa tante à Cotonou, est la première à se lever le matin à 5h30. Elle balaie la cour, puis se charge de la vaisselle, des courses, de la lessive, parfois sous les coups de sa maîtresse, mécontente du travail accompli... Sa journée ne se termine que vers 23h00. Pas question de gagner un salaire, encore moins d’aller à l’école. «Je n’ai pas toujours le temps de manger. Je porte les habits usagés des enfants de la maison. Ma tante ne m’aime pas», murmure-t-elle en langue fon, les bras recouverts d’ecchymoses, marques d’une récente bastonnade infligée alors qu’elle tentait de s’enfuir. De nombreux cas de ce type sont signalés à la Direction nationale de la Brigade protection de mineurs (DNBPM). «Nous recevons en moyenne quatre appels par jour nous signalant des violences ou sévices exercés sur des enfants placés», explique le direction de la DNBPM, Kocou Dègan. Certaines fillettes sont employées par leurs «tuteurs» comme vendeuses et passent leurs journées, glacières sur la tête, sur les marchés de la capitale économique béninoise. En dehors des frontières Beaucoup s’évadent et errent dans les rues de Cotonou. «Une dizaine de vidomégons, dont un garçon, évadés à la suite de châtiments, ont été retrouvés par la police et confiés à notre institution», a indiqué Johannes Gandonou, assistant social à «Terre des hommes», association qui accueille en outre «une vingtaine d’enfants abandonnés, sans aucune nouvelle de leurs parents». Apparus au Bénin à la fin des années 1970, les premiers enfants placés étaient uniquement employés chez des proches ou dans la région, auprès de jeunes mères qui venaient d’accoucher. Aujourd’hui, la pratique s’est généralisée et dépasse même les frontières, Pour des sommes allant de 10.000 à 20.000 FCFA (100 à 200 FF), les parents béninois acceptent de confier leurs enfants à des «passeurs» venus de Côte d’Ivoire, du Gabon, du Congo, du Nigeria ou du Cameroun qui s’engagent à les «éduquer». Arrivés dans ces pays, les enfants sont exploités dans des plantations de cacao, de canne à sucre, tandis que les «tuteurs» perçoivent jusqu’à 200.000 FCFA (2.000FF). De janvier 1997 au 30 avril 1998, plus de 920 enfants ont ainsi été interceptés par les autorités frontalières du Bénin et empêchés de quitter le territoire. Pour «sauver les enfants» victimes de ce commerce, le gouvernement béninois a initié, avec l’UNICEF notamment, des programmes qui visent d’abord à aider les parents en situation difficile. Ces programmes comprennent des campagnes de sensibilisation et des «micro-projets, afin d’accorder aux parents démunis des crédits qui les aideront à entreprendre des activités génératrices de revenus», explique une responsable, Paula Ayanou. Le programme met en outre l’accent sur le planning familial, afin de limiter les naissances dans les familles qui n’ont pas les moyens de subvenir aux besoins de leurs enfants. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Au Bénin, on les appelle les «vidomégons», (personnes à charge) en langue fon: confiés à des inconnus par des parents en détresse, ils sont plus de 400.000 enfants employés dans les foyers béninois, taillables et corvéables à merci, souvent battus. Selon les récentes statistiques de la Direction de la protection sociale (DPS), leur nombre a considérablement augmenté, passant de 100.000 en 1994 à plus de 400 mille en 1998 (pour une population totale de 5 millions d’habitants), presque en totalité des fillettes. Les départements de l’Atlantique, de l’Ouémé, du Mono et du Zou (centre et sud) constituent les zones de forte concentration: trois ménages sur cinq «possèdent» au moins un «vidomégon», âgé de 10 à 15 ans, parfois moins. Au nord, où sont installées plusieurs usines d’égrenage de coton, les...