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Actualités - Chronologie

L'éternité et un jour la Grèce, de Platon à Angelopoulos

Il se peut qu’il existe en Grèce une continuité culturelle de l’Antiquité jusqu’à nos jours, des sculpteurs, bâtisseurs et dramaturges de jadis aux cinéastes d’aujourd’hui, espère Theo Angelopoulos, Palme d’or du 51e Festival de Cannes. Le cinéaste grec a l’habitude de fouler le bitume de la Croisette depuis 1972, quand il présenta «Jours de 36» à la Quinzaine des Réalisateurs. C’est deux ans plus tard qu’il se fait connaître internationalement, avec «Le voyage des coméns». En 1995, Angelopoulos rate de peu la Palme d’or, le regrette amèrement et le fait savoir. «Underground» d’Emir Kusturica l’oblige à se contenter du Grand Prix du Jury pour «Le regard d’Ulysse». Avec «L’éternité et un jour», dernier film de la compétition présenté samedi et couronné dimanche, Angelopoulos exploite une fois de plus des thèmes qui lui sont chers: un personnage — artiste de préférence — en quête de quelque chose, les frontières, le brouillard, de discrètes références au contexte politique, une mise en scène de groupes touchant à la théâtralité. A la question de savoir si, par le biais de cette théâtralité, il y avait une solution de continuité culturelle entre l’Antiquité et la Grèce contemporaine, il a répondu: «J’espère que oui». «La première rencontre (avec cette culture classique) s’est faite de façon très désagréable, parce que j’étais obligé de m’y intéresser. La deuxième rencontre s’est faite à Paris. La langue grecque alors m’a manqué et j’en suis revenu à relire ce qui m’avait blessé à l’école. J’ai pris conscience de ma langue, de son évolution et j’ai voulu retrouver dans le mouvement de mes films sa musicalité antique», dit le cinéaste. Angelopoulos aime tourner dans le nord de la Grèce et nourrit un intérêt tout particulier pour la ville de Salonique. Il s’en explique. «Je suis un homme du sud qui est attiré par le nord. Salonique est plus concentrée, alors qu’Athènes est plus chaotique. Salonique est aussi plus proche de la frontière et la relation avec l’enfant est plus facile et plus immédiate. Et puis, il y a la mer, inépuisable, inconnue, parfois amicale». L’écrivain mourant qu’interprète Bruno Ganz recueille un petit réfugié albanais et tente de le ramener chez lui mais arrivé à la frontière — reconstituée de toutes pièces — arrière. C’est un errant, comme souvent dans la filmographie d’Angelopoulos. «Le Grec est une espèce de juif errant», rappelle le cinéaste. Comme dans «Le pas suspendu de la cigogne», Angelopoulos organise une composition d’arrière-plan par ajout de personnages suspendus comme dans le vide. Ils sont ici suspendus au grillage et la zone frontalière qui baigne dans une brume épaisse et en devient irréelle. «C’est une métaphore sur la projection de la peur, explique-t-il. C’est l’enfant et ses projections qui sont à la source de cette image; c’est une continuation de son récit parlé, c’est pourquoi je ne voulais pas d’une frontière réaliste». Angelopoulos aime les scènes intimistes, mais il apprécie aussi d’organiser de manière presque chorégraphique des groupes ou des mouvements de foule dans ses extérieurs. «J’essaye de ne pas recourir au réalisme dans mon cinéma, simplement parce que ce n’est pas mon chemin, pas ma langue», affirme -t-il. «Cette expression peut sembler théâtrale mais il peut y avoir un bon rappel au théâtre comme un mauvais rappel et puisqu’il s’agit d’une expression, tous les moyens sont bons», dit-il. Un autre grand cinéaste grec, Michael Cacoyannis, n’a pas hésité à s’attaquer aux grands classiques de la tragédie grecque; «Médée» en était un exemple frappant. Mais Angelopoulos est attaché au monde contemporain. «Je n’aime pas les films en costumes d’époque; j’en ai vus beaucoup et j’ai tellement souffert à leur vision», rappelle-t-il. «Quant à transposer (à l’époque contemporaine), je trouve cela très difficile. J’ai pourtant songé jadis à transposer dans une ville moderne des dialogues de Platon, comme le Phédon ou le Critias». L’arrière-plan politique de «L’éternité et un jour» est présent mais il est noyé dans la brume du souvenir et des montagnes du nord de la Grèce. «Il y avait encore la guerre en Yougoslavie à cette époque, le côté dynamique de l’Histoire était très fort mais tout ça s’est apaisé et dans «L’éternité et un jour», la politique est un peu mise de côté», note-t-il. «L’éternité et un jour» n’est pas un film tout à fait terminé. «Il faut encore retravailler la couleur et le son. Ces deux choses sont restées quelque peu à mi-chemin, Cannes oblige», confie Angelopoulos. (Reuters)
Il se peut qu’il existe en Grèce une continuité culturelle de l’Antiquité jusqu’à nos jours, des sculpteurs, bâtisseurs et dramaturges de jadis aux cinéastes d’aujourd’hui, espère Theo Angelopoulos, Palme d’or du 51e Festival de Cannes. Le cinéaste grec a l’habitude de fouler le bitume de la Croisette depuis 1972, quand il présenta «Jours de 36» à la Quinzaine des Réalisateurs. C’est deux ans plus tard qu’il se fait connaître internationalement, avec «Le voyage des coméns». En 1995, Angelopoulos rate de peu la Palme d’or, le regrette amèrement et le fait savoir. «Underground» d’Emir Kusturica l’oblige à se contenter du Grand Prix du Jury pour «Le regard d’Ulysse». Avec «L’éternité et un jour», dernier film de la compétition présenté samedi et couronné dimanche, Angelopoulos...