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Actualités - Chronologie

Les dernières heures de Suharto

Le président Suharto a su que son sort était scellé lorsque des figures historiques de l’armée indonésienne, qui ne pouvaient avoir été envoyées que par un de ses fidèles, sont venues dans la nuit de mercredi à jeudi lui dire que son heure était venue. Le coup décisif a été porté cette nuit-là à l’issue d’une véritable «journée des dupes» que le vieux dirigeant cramponné au pouvoir avait pu savourer comme une victoire. Un rideau d’armes et d’acier tombé sur le centre de Djakarta avait fait mercredi échouer piteusement la journée de mobilisation qui devait jeter dans les rues de la capitale un million de personnes pour exiger le départ immédiat du président. Installé depuis 32 ans au pouvoir, le président Suharto, dans son palais présidentiel aux colonnades blanches protégé par les chevaux de frise et les blindés avait peut-être pensé qu’il avait remporté une nouvelle victoire. C’était une de ses rares défaites. Sans doute la dernière. Le lendemain, dans les premières heures de la matinée, il était contraint à présenter sa démission, immédiate et sans condition, lors d’une cérémonie organisée à la hâte dans le palais présidentiel où il s’était installé il y a 32 ans. Les moindres détails prévues dans la Constitution pour une telle éventualité — comme la présence des juges de la Cour suprême — étaient respectés mais, en revanche, pas grande chose ne l’avait été pour ménager sa dignité. La formalité a été vite expédiée. Son sort avait déjà paru une première fois scellé lundi: le président du Parlement, Harmoko, affirmant agir au nom du bureau de la législature l’avait appelé à «se retirer dans la dignité pour sauvegarder le bien et l’unité de la nation». Même si M. Harmoko avait des raisons d’en vouloir à Suharto qui avait, sans raison apparente, brisé son ascension politique, il semblait peu probable qu’il ait pu faire une telle démarche sans au minimum l’accord de l’armée, dépositaire du pouvoir ultime en Indonésie. Coup de théâtre, dans la soirée de lundi, après une réunion du haut commandement — orageuse, selon certaines sources —, le général Wiranto, ministre de la Défense et commandant en chef de l’armée, annonçait que l’appel était «illégal». L’ancien aide de camp du président, qui a accepté que sa femme et sa fille soient nommées à l’Assemblée consultative du peuple, réaffirmait également que l’armée ne laisserait pas les étudiants manifester le lendemain sur la place du monument national. Le président n’avait en fait gagné qu’une journée. Il l’a passé à essayer de constituer le comité des réformes qu’il avait promis et annoncé mais, comme il l’a reconnu en démissionnant, a dû y renoncer. Faute de candidats, aucune personnalité, aucun de ses ministres même, ne voulant y siéger. Comme 48 heures avant, il n’avait pu constituer un nouveau cabinet, les personnalités qu’il voulait contacter ne retournant pas les appels de la présidence. Le général Wiranto en tirait les conséquences et, selon différentes sources confirmées de plusieurs sources diplomatiques, déléguait dans la nuit de mercredi à jeudi plusieurs anciens généraux pour dire au président Suharto que son temps était écoulé. Parmi les 4 émissaires, selon ces sources, il y avait des vétérans mais aussi Try Sutrisno, ancien commandant en chef des forces armées et son précédent vice-président, écarté au profit de Bacharuddin Jusuf Habibie. Il était facile au président Suharto de voir derrière eux les forces armées et le général Wiranto et il n’avait d’autre choix que de démissionner. (AFP)
Le président Suharto a su que son sort était scellé lorsque des figures historiques de l’armée indonésienne, qui ne pouvaient avoir été envoyées que par un de ses fidèles, sont venues dans la nuit de mercredi à jeudi lui dire que son heure était venue. Le coup décisif a été porté cette nuit-là à l’issue d’une véritable «journée des dupes» que le vieux dirigeant cramponné au pouvoir avait pu savourer comme une victoire. Un rideau d’armes et d’acier tombé sur le centre de Djakarta avait fait mercredi échouer piteusement la journée de mobilisation qui devait jeter dans les rues de la capitale un million de personnes pour exiger le départ immédiat du président. Installé depuis 32 ans au pouvoir, le président Suharto, dans son palais présidentiel aux colonnades blanches protégé par les chevaux de...