Les Nigérians, sous régime militaire depuis 1993, élisent samedi leur Parlement, une étape théorique vers la transition démocratique mais qui intervient sur fond de crise, après l’investiture du seul chef de l’Etat, Sani Abacha, pour l’élection présidentielle d’août. Le général Abacha, arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en novembre 1993, a été désigné la semaine passée par les cinq formations politiques légales du pays comme leur seul candidat pour le scrutin d’août. Pour l’opposition nigériane, cette décision achève de jeter un total discrédit sur le processus de transition vers la démocratie, qui devait aboutir le 1er octobre à la remise du pouvoir par les militaires au président civil élu démocratiquement. L’opposition a averti qu’elle s’opposerait par des manifestations de masse à la désignation du seul Abacha comme candidat. Les Etats-Unis ont appelé Abacha à refuser cette investiture et l’ont accusé de «manipuler la transition». «Il demande un référendum et cela ne constitue en aucune manière une élection libre, ouverte et démocratique», a déclaré mardi le porte-parole de la Maison-Blanche. L’Assemblée nationale élue samedi sera bicamérale, semblable à celle qu’Abacha avait supprimée après sa prise du pouvoir, en même temps que les autres institutions démocratiques du Nigeria: les Assemblées (Parlements) des Etats de la fédération, les conseils municipaux et les deux partis politiques existants. Tous les échelons de l’administration avaient été pris en main par l’armée. Jusqu’en 1996, toute activité politique était interdite au Nigeria. Un processus inverse devant permettre le retour d’une administration civile est à présent en cours, qui devrait culminer en octobre. Il a débuté par la levée, en octobre 1996, de l’interdit sur les activités politiques et la création de cinq nouveaux partis. Ceux-ci ont déjà participé en mars 1997 à des élections municipales et en décembre aux élections des Assemblées des 36 Etats de la Fédération. Le Sénat et la Chambre des représentants, que le Nigérians sont appelés à élire samedi doit tenir sa séance inaugurale le 1er octobre 1998, jour de la prestation de serment du président élu. Souvent accusée de lâcheté et de compromission avec le pouvoir militaire, une partie des élus de l’Assemblée nationale auront manifesté courageusement, à plusieurs reprises, leur opposition à la dictature. Le 20 novembre 1993, 48 heures après la prise du pouvoir du général Abacha, un groupe de 67 sénateurs avait appelé les Nigérians «à défendre leur souveraineté» et à «dire non à la dictature militaire». En juin 1994, à la veille du premier anniversaire de l’élection présidentielle annulée par les militaires, les membres du Sénat dissous, entrés dans la clandestinité et ralliés à l’opposition, avaient déclaré «illégale» la nouvelle administration militaire et enjoint le général Abacha à remettre le pouvoir à Moshood Abiola, vainqueur présumé du scrutin du 12 juin. (AFP)
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