Rôdée en matière de lanceurs et satellites, l’Europe vient de franchir une étape historique avec la livraison de l’ARD (Atmospheric Rentry Demonstrator), son premier véhicule spatial capable d’effectuer une rentrée atmosphérique, technologie maîtrisée seulement jusqu’ici par les Américains et les Russes grâce aux vols habités. Livré par Aérospatiale à l’Agence spatiale européenne (ESA), l’ARD sera l’un des deux passagers de la troisième Ariane-5 (Ariane 503), qui doit être lancée au plus tôt le 11 septembre prochain. Il quittera Bordeaux par bateau, le 3 juin, et arrivera à Kourou (Guyane française) le 14. Après d’ultimes vérifications, il deviendra alors «propriété» de l’ESA. Ce démonstrateur de rentrée atmosphérique de 2,8 tonnes, construit par Aérospatiale dans son établissement d’Aquitaine, «permet à l’Europe de prouver son indépendance dans le domaine de la rentrée atmosphérique guidée et pilotée, de maîtriser les phénomènes liés au retour sur terre de véhicules habités ou non, mais aussi les rentrées dans d’autres atmosphères comme celle de Mars», a souligné Philippe Couillard, directeur du centre opérationnel Espace d’Aérospatiale. «Il représente aussi une étape fondamentale vers le développement de lanceurs réutilisables, a-t-il ajouté. «C’est un peu notre vol de Gagarine, mais sans cosmonaute». Aérospatiale a développé ce seul et unique exemplaire en un délai très court — 24 mois —, avec une enveloppe financière relativement étroite et respectée (40 millions d’ECU), notamment grâce à son expérience des technologies liées aux programmes militaires, et en faisant appel à des sous-traitants belges, italien et allemand. La participation française s’élève à 50% (Aérospatiale et Matra Marconi Space), celle de la Belgique à 20% et celles de l’Allemagne et de l’Italie à 15% chacune. Manœuvres préprogrammées En raison de ces contraintes, il fallait «réutiliser». C’est pourquoi le calculateur, la centrale inertielle, le système de contrôle d’altitude du démonstrateur viennent d’Ariane-5 et que son «profil» sphéro-conique de 2 mètres de haut et 2,8 mètres de diamètre, s’inspire des capsules Apollo. Placé dans la coiffe d’Ariane-5, au-dessus du deuxième passager, le satellite W-2 d’Eutelsat, l’ARD sera mis à poste, sur une trajectoire suborbitale (afin de redescendre vers notre planète) culminant à 830 kilomètres, après l’extinction de l’étage principal cryotechnique du lanceur. Après un vol d’une heure et vingt minutes, ce «planeur supersonique» doté de sept moteurs amorcera sa rentrée, à 27.130 km/h, en «godillant» comme un skieur, afin d’éviter de rebondir sur les couches denses de l’atmosphère. Son système de guidage et de pilotage, assisté par GPS, lui permettra de limiter sa décélération, tout en assurant une précision à l’impact de 5 kilomètres, supérieure à celle d’Apollo. Pendant cette phase, la température du bouclier thermique, composé de 93 tuiles d’Aléastrasil (tissu de silice imprégné de résine phénolique), s’élèvera à 2.000 degrés. Le système de freinage par parachute permettra ensuite un amerrissage en douceur, à 20 km/h, dans le Pacifique, au nord des îles Marquises. La capsule, dont le cône et le capot arrière sont protégés par des panneaux en poudre de liège et résine phénolique, sera récupérée par un bateau de la marine française au bout de dix heures, pour raisons de sécurité. Durant le vol, plus de deux cents mesures seront enregistrées et transmises aux stations au sol. Toutes les manœuvres sont préprogrammées. Quelque 200 personnes en Europe ont participé à cette aventure, beaucoup ayant travaillé sur le défunt projet Hermès. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Rôdée en matière de lanceurs et satellites, l’Europe vient de franchir une étape historique avec la livraison de l’ARD (Atmospheric Rentry Demonstrator), son premier véhicule spatial capable d’effectuer une rentrée atmosphérique, technologie maîtrisée seulement jusqu’ici par les Américains et les Russes grâce aux vols habités. Livré par Aérospatiale à l’Agence spatiale européenne (ESA), l’ARD sera l’un des deux passagers de la troisième Ariane-5 (Ariane 503), qui doit être lancée au plus tôt le 11 septembre prochain. Il quittera Bordeaux par bateau, le 3 juin, et arrivera à Kourou (Guyane française) le 14. Après d’ultimes vérifications, il deviendra alors «propriété» de l’ESA. Ce démonstrateur de rentrée atmosphérique de 2,8 tonnes, construit par Aérospatiale dans son établissement...