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Actualités - Opinion

La mode sac

«Le renard passe passe, à chacun à son tour, dit la chanson. J’ai été volée. Ca y est, à mon corps défendant, c’est bien le cas de le dire, je suis membre à part entière d’un club qui se développe, s’impose, fait parler de lui et se voit reconnu d’utilité... privée: «Les femmes volées de la République». Moi qui n’ai jamais adhéré à une formation quelconque sinon celle des Guides du Liban dans ma prime jeunesse. Un club réservé aux filles d’Eve de ce pays, toutes confessions, classes sociales ou professionnelles confondues. Et qui fait grincer des dents. On m’a donc volé mon sac à main. Peu importe comment, mais je dois «positiver» puisqu’il faut me considérer heureuse comme on ne cesse de me le répéter. Je serais par conséquent une volée privilégiée pour plus d’une raison, sans trauma (comprendre traumatisme), pour utiliser la terminologie à la mode dans ce genre de situation, sinon la désagréable sensation d’avoir été suivie, attendue et épiée. Je n’ai été ni battue ni traînée ni jetée à terre avec des fractures aux bras, aux jambes, à la tête ou ailleurs. Je n’ai pas fini à l’hôpital, ni sur un billard. Dieu merci. Et puis je suis une des rares chanceuses à avoir récupéré sac et papiers d’identité; imaginez l’éprouvante et coûteuse gymnastique administrative pour les reconstituer. Mon sac a été tout simplement ramassé à côté d’une poubelle, à quelques kms du lieu du crime, c’est-à-dire de mon domicile. Identifiée, j’ai donc récupéré une partie de mon bien. Mon histoire est banale. Elle est moins pénible en tous cas que celle de bien d’autres. Le vrai drame est ailleurs. Certes il faut remercier le ciel d’avoir été volée sans autres dégâts que matériels. Mais à tout bien réfléchir, on ne peut pas, sans renier une part de soi, de sa dignité, se contenter d’une telle réaction. On ne doit pas accepter, à cause de sa fréquence, la banalisation de l’angoisse. Ni se laisser ronger par l’usure d’un quotidien fait de laisser-aller, de laisser-faire et de vols de toutes sortes, à tous les niveaux. Et comme on réfléchit davantage dans ces circonstances pas très heureuses du reste, les questions sans réponse refont surface toutes à la fois. Les affamés volent-ils de la sorte pour manger? Peut-être bien, mais on les voit mal s’organiser de façon aussi parfaite, en bandes d’un haut professionnalisme. Qu’ils attaquent les dames seules, les vieux ménages dans leurs maisons, ou s’en prennent aux voitures, on sent qu’ils ont «travaillé à fond» leur sujet, qu’ils sont renseignés et tout et tout. Mais qui sont ces mystérieux fantômes qui traversent nos rues et nos existences, menaçants, effrayants et violents? D’où viennent-ils? Que font-ils lorsqu’ils ne se cachent pas pour voler? Si des petits voleurs peuvent sévir avec une telle arrogance, c’est qu’il y a quelque part une protection. Directe ou indirecte, dans ce sens que lorsque l’immoralité fait rage aux plus hauts étages, les rez-de-chaussée ne peuvent être épargnés. Malgré l’arrestation de quelques malfaiteurs, quelques petites bandes, le phénomène demeure et terrorise une population. On finit aussi par banaliser des crimes répétitifs. Alors que fait-on pour assurer une sécurité qui, pour être sociale, n’en est pas moins politique? En attendant des solutions lentes à venir, on organise des municipales, et bientôt des présidentielles, en toute liesse démocratique...
«Le renard passe passe, à chacun à son tour, dit la chanson. J’ai été volée. Ca y est, à mon corps défendant, c’est bien le cas de le dire, je suis membre à part entière d’un club qui se développe, s’impose, fait parler de lui et se voit reconnu d’utilité... privée: «Les femmes volées de la République». Moi qui n’ai jamais adhéré à une formation quelconque sinon celle des Guides du Liban dans ma prime jeunesse. Un club réservé aux filles d’Eve de ce pays, toutes confessions, classes sociales ou professionnelles confondues. Et qui fait grincer des dents. On m’a donc volé mon sac à main. Peu importe comment, mais je dois «positiver» puisqu’il faut me considérer heureuse comme on ne cesse de me le répéter. Je serais par conséquent une volée privilégiée pour plus d’une raison, sans trauma...