Les appels et les mises en garde des autorités indonésiennes restent lettre morte pour les étudiants dont les manifestations de plus en plus radicales et marquées de violences en sont, sans qu’aucune solution ne soit en vue, à leur troisième mois. Si ces manifestations quotidiennes qui, à ce jour, ont fait quelques dizaines de blessés mais aucun mort, ne semblent pas devoir cesser, il n’apparaît pas non plus qu’elles puissent, à court terme au moins, menacer le régime du président Suharto, défié ouvertement pour la première fois en plus de 30 ans. Le véritable danger dans cette situation, estimait un diplomate, réside dans le risque de conséquences incalculables que pourrait avoir la moindre étincelle. Ce pourrait être, selon ce diplomate, une bavure accidentelle des forces de l’ordre entraînant la colère de la population ou une initiative du président, peu habitué à être ainsi défié, perdant patience et ordonnant à l’armée de rétablir une situation normale. Tout débordement de ce genre, ajoute-t-il, serait très mal perçu par la communauté internationale, et l’aide accordée dans le programme du Fonds monétaire international serait très certainement remise en question. Depuis ces deux dernières semaines et malgré les efforts des chefs de l’armée pour, selon leur expression, «tenir un dialogue» que les manifestants continuent à refuser, les heurts entre étudiants et forces de l’ordre ont tendance à se multiplier. Largement médiatisé notamment par la télévision, l’un de ces «dialogues», ouvert par le vice-président Bacharuddin Yusuf Habibie avec à ses côtés pas moins de trois ministres, dont celui de l’Education, a tourné à la confusion des organisateurs. Cirque Une cinquantaine des jeunes invités, pourtant triés sur le volet, ont, selon le récit de témoins, bruyamment quitté la salle après avoir découvert que, non seulement les questions qu’ils ne pouvaient poser directement aux orateurs étaient comptées, mais aussi que le programme officiel ne leur réservait aucun temps de parole. Une autre tentative du même genre, organisée le week-end dernier et présidée par le commandant en chef de l’armée, le général Wiranto, avait également tourné court, étant même publiquement qualifiée de «cirque» par l’un des professeurs d’université y participant. Malgré l’absence d’une coordination nationale, les slogans et les mots d’ordre des manifestations qui se déroulent sur les campus disséminés dans l’ensemble de cet immense pays de plus de 200 millions d’habitants, sont étonnamment identiques. Après avoir, lors des premiers rassemblements en février, demandé une baisse des prix et la reprise économique, les étudiants ont peu à peu politisé leurs discours. Ils exigent maintenant des réformes mettant fin au népotisme et à la corruption, ainsi que le départ du président Suharto, ce qui était encore totalement impensable au début de l’année. Mardi, jour anniversaire d’une héroïne de l’histoire de l’Indonésie, les étudiantes ont tenu la vedette. Parfois non sans humour, comme avec une banderole affirmant: «Le prix des produits de maquillage augmente. Nous ne pouvons plus continuer à être belles». Si la presse souligne que «des religieuses et des prostituées se sont jointes aux étudiantes», la participation de la population aux manifestations étudiantes est, à ce jour, restée marginale. Et cette absence d’écho populaire limite la portée du mouvement, surtout dans les villes où la hausse des prix et le chômage provoqué par la crise économique sont plus vivement ressentis. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les appels et les mises en garde des autorités indonésiennes restent lettre morte pour les étudiants dont les manifestations de plus en plus radicales et marquées de violences en sont, sans qu’aucune solution ne soit en vue, à leur troisième mois. Si ces manifestations quotidiennes qui, à ce jour, ont fait quelques dizaines de blessés mais aucun mort, ne semblent pas devoir cesser, il n’apparaît pas non plus qu’elles puissent, à court terme au moins, menacer le régime du président Suharto, défié ouvertement pour la première fois en plus de 30 ans. Le véritable danger dans cette situation, estimait un diplomate, réside dans le risque de conséquences incalculables que pourrait avoir la moindre étincelle. Ce pourrait être, selon ce diplomate, une bavure accidentelle des forces de l’ordre entraînant la colère...