Fouad Bassit. Pour ceux qui l’ont connu, cet enfant restera à tout jamais associé à l’un des plus beaux Noël de leur vie. C’était la saison des fêtes, dans cette petite ville de province, et comme chaque année, le classique spectacle de Noël était monté. Ceux qui assistèrent s’en souviendront toujours, et ne se lassent jamais de raconter ce qui s’est passé. Fouad avait neuf ans, cette année-là. Tout le monde savait qu’il suivait difficilement ses classes. Plutôt grand de taille pour son âge, gauche et lent, son apparence physique laissait deviner un retard. Aimé de tous, Fouad avait une fraîcheur et une douceur qui gagnaient les cœurs. Les institutrices se montraient patientes avec lui. Mais ses camarades, tous plus jeunes que lui, évitaient de se trouver de son bord, dès qu’il s’agissait de jeux ou de compétitions sportives. Noël était proche, et les préparatifs du spectacle étaient avancés. Fouad voulait jouer le rôle du berger, mais sa maîtresse d’école avait choisi pour lui un autre rôle: celui de l’aubergiste. Sa taille, pensait-elle, se prêtera mieux au rôle. Sa voix un peu rauque donnera aux réparties la rugosité nécessaire. Et puis, le rôle est facile à retenir. Vint le jour de la représentation. Parents, enfants et institutrices se mêlaient dans un brouhaha joyeux. Puis, dans la salle des fêtes, tout le monde finit pas s’asseoir, le remue-ménage retomba, les lumières s’éteignirent. Littéralement captivé par le spectacle, Fouad dévorait des yeux la scène, à partir des coulisses. Puis, ce fut son tour. Joseph et Marie, avançant d’un pas lent, se dirigèrent vers la porte de l’auberge, dessinée sur le fond du décor. Et Joseph de frapper fort à la porte de l’auberge. «Que voulez-vous?» demanda d’un ton bourru Fouad, ouvrant brusquement la porte. «Un logis». «Cherchez ailleurs», reprit Fouad d’une voix vigoureuse, regardant droit devant lui. «L’auberge est pleine». «Monseigneur, c’est en vain que nous avons frappé aux portes. Nous venons de loin, et nous sommes épuisés». «Il n’y a pas de place pour vous à l’auberge», reprit Fouad, qui essayait de donner à sa voix un ton sévère. «Bon aubergiste, reprit Joseph, je vous implore. Voici Marie, mon épouse. Elle est enceinte et elle doit se reposer. Vous trouverez sûrement une petite place pour elle. Il fait froid et elle est si fatiguée». Sur ces mots, Fouad sembla perdre son assurance. Il cessa de fixer le vide, et reporta son regard sur Joseph et Marie. La pause se prolongeant, un murmure embarrassé parcourut la salle. «Non, partez!», souffla-t-on à Fouad des coulisses. «Non, répondit mécaniquement Fouad, partez!» Et Joseph, prenant tendrement Marie par l’épaule, tourna le dos à l’aubergiste, et commença à s’éloigner d’un pas lent. Mais au lieu de rentrer et de fermer la porte, Fouad resta sur scène, fixant le couple qui s’éloignait, les sourcils froncés, visiblement anxieux. Et soudain fusa la répartie qui n’avait jamais figuré dans le texte: «Joseph, Marie, ne partez pas. Revenez. Vous pouvez avoir ma chambre», lança-t-il, l’air radieux. Certains pensèrent que la répartie imprévue ruina la pièce. Mais il y eut aussi ceux qui, très nombreux, gardèrent ce souvenir au cœur comme celui de leur plus beau Noël. (*) Tiré de «Chicken soup for the Christian soul» - Canfield et Hansen.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Fouad Bassit. Pour ceux qui l’ont connu, cet enfant restera à tout jamais associé à l’un des plus beaux Noël de leur vie. C’était la saison des fêtes, dans cette petite ville de province, et comme chaque année, le classique spectacle de Noël était monté. Ceux qui assistèrent s’en souviendront toujours, et ne se lassent jamais de raconter ce qui s’est passé. Fouad avait neuf ans, cette année-là. Tout le monde savait qu’il suivait difficilement ses classes. Plutôt grand de taille pour son âge, gauche et lent, son apparence physique laissait deviner un retard. Aimé de tous, Fouad avait une fraîcheur et une douceur qui gagnaient les cœurs. Les institutrices se montraient patientes avec lui. Mais ses camarades, tous plus jeunes que lui, évitaient de se trouver de son bord, dès qu’il s’agissait de jeux ou...