Dans les temples du luxe, les espadrilles sont reines! Qui l’aurait cru? Elles atteignent des prix incroyables, et les créateurs s’épuisent en innovations pour soutenir leur standing d’objets-culte: séries limitées, ruptures de stocks intentionnelles et programmées. Confinée longtemps dans les activités sportives, la basket fait depuis quelque temps déjà sa révolution. Elle devient mondaine, sort en ville et on voit dans les photos d’actualité des célébrités de l’écran et du snobisme chaussées de ce genre de chaussures. Aujourd’hui, elle colonise les vitrines des souliers «chic and in» des grandes capitales, et les femmes, de plus en plus nombreuses, descendent de leurs talons pour s’offrir le luxe suprême des orteils à l’aise. Le phénomène s’ancre, et rares sont aujourd’hui les griffes de luxe qui ne commercialisent pas une variation-création de la basket. Ce qui fait que les prix montent, montent. Armani vend les siennes à plus de 150 dollars la paire et les dames qui en achètent trois paires à la fois ne sont pas rares. Dans certains défilés parisiens, des Nike et des Adidas défilaient, coordonnées à des fourreaux en satin. La dernière basket signée Hermès est en caoutchouc, cuir et agneau plongé. Sa tige est cousue à la main et sa semelle montée de manière artisanale. Dès la fin septembre, les stocks ont été épuisés. Les listes d’attente forment déjà de quoi remplir un rayon de bibliothèque. Il y a quelques mois, le New York Times Magazine publiait un article commentant le fait qu’une ancienne sellerie comme Hermès, plus que centenaire (162 ans plus exactement), s’incline, elle aussi, devant la vogue «des pompes sport». Depuis, top models, journalistes, publicitaires, actrices et foules d’anonymes ne jurent que par le confort que leur procurent ces chaussures. La diversité des coloris, la multiplication des formes continuent à les séduire. Les industriels s’y mettent aussi, puisque les nouveaux modèles s’inspirent et se conforment aux diktats des collections: textures, coloris, tendances complètent ou se conforment aux orientations de la mode. Au Liban, la fièvre n’a pas gagné tous les milieux. Bon nombre d’élégantes se sentent perdues et gauches devant ces semelles de gomme et la surabondance des modèles. Perchées sur leurs aiguilles, elles battent des cils, incapables de sélection. Mais les jeunes et les «actives» ne jurent que par leur «New Balance», «Gazelle», «Country» ou «Air-Terre Humara»... Tôt ou tard, les aînées, comme les aïeules, vont suivre. C’est si doux d’aller les pieds en paix...
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