Les séquelles de la crise avec l’Irak et la situation intérieure précaire du président Bill Clinton laissent prévoir des mois difficiles pour la diplomatie américaine. La Russie ne décolère pas et craint que ces frappes contre l’Irak ne soient pas les dernières. Boris Eltsine a qualifié dimanche «d’illégale et insensée» l’opération «Renard du désert». Les responsables américains minimisent. Ils considèrent qu’une Russie en pleine crise financière n’a pas les moyens de se montrer trop susceptible. Les dégâts «ne sont pas irréparables», a affirmé Samuel Berger, conseiller du président Clinton pour la sécurité nationale. Il faut certes faire la part de la gesticulation. Selon l’agence russe Itar-Tass, les ambassadeurs russes à Washington et à Londres, rappelés en signe de protestation contre les raids sur l’Irak, vont reprendre leurs fonctions «dans les jours prochains». De même, malgré ses menaces de remettre en cause la coopération militaire avec l’Otan, Moscou n’a pas annulé la réunion vendredi à Bruxelles du Conseil conjoint Otan-Russie. Mais, à long terme, les États-Unis sont conscients du pouvoir de nuisance des Russes sur tous les dossiers où ils peuvent intervenir, du Proche-Orient à la Bosnie. Le coup porté à la crédibilité du Conseil de sécurité de l’Onu, court-circuité par Washington et Londres qui sont partis à l’attaque de leur propre initiative, inquiète les Européens. Il risque de peser sur le débat qui s’est engagé sur l’avenir de l’Otan à l’approche du sommet Atlantique prévu à Washington le 25 avril. Les États-Unis veulent accroître le rôle de l’Otan dans la gestion des crises hors de son territoire, au risque, disent les Européens, d’en faire le gendarme du monde. Paris et Bonn souhaitent donc que toute intervention de l’Otan hors du territoire de ses membres soit autorisée par le Conseil de sécurité. Dans ce contexte, l’opération contre l’Irak établit «un précédent dangereux», estime un diplomate européen. Dans le monde arabe, les réactions largement négatives à l’opération «Renard du désert» sont de mauvaise augure pour le processus de paix. «Les opposants au processus de paix doivent pavoiser», estime Ghassan Salamé, spécialiste du Proche-Orient à l’Institut d’études politiques de Paris. Il souligne que la récente visite de Bill Clinton en Israël et à Gaza «n’a pas créé un momentum inverse». Les Palestiniens ont menacé de proclamer leur État dès le 4 mai 1999, quand prendra fin la période d’autonomie prévue par les accords d’Oslo. Tout pourrait changer si le Premier ministre Benjamin Netanyahu perd le pouvoir à l’occasion d’élections anticipées en Israël. Les responsables américains démentent avec énergie l’idée que la menace de destitution qui pèse sur Bill Clinton paralyse la diplomatie américaine. «Le président fait son travail, je fais mon travail», affirme la secrétaire d’Etat Madeleine Albright. Elle fait valoir les conversations récentes qu’elle a eues avec une trentaine de dirigeants étrangers, et le fait qu’en plein scandale Monica Lewinsky, Bill Clinton ait été capable d’arracher aux Israéliens et aux Palestiniens un accord à Wye Plantation. Un de ses prédécesseurs républicains, James Baker, estime en revanche que le président «a été incapable de se concentrer sur la politique étrangère autant qu’il le devrait».
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