Les habitants de la rue Chucri el-Assli, quartier Furn el-Hayek, lancent à l’opinion publique un dernier SOS. Leurs résidences, qui sont pour la plupart de véritables chefs-d’œuvre architecturaux, sont menacées de démolition... sous le prétexte que cette petite ruelle d’Achrafieh bouchonne à certains moments de la journée, et qu’il va falloir l’élargir. Derrière cet argument peu convaincant, on sent des intérêts très privés... La décision finale cependant appartient au Conseil municipal de Beyrouth, qui doit donner le feu vert aux bulldozers, pour entamer les travaux d’élargissement. Le plus étonnant dans cette affaire, c’est que le décret prévoyant l’expropriation remonte à 1957... date à laquelle le besoin d’élargissement pouvait encore être justifiable, en tous les cas aux yeux des autorités de l’époque. Or, avancent les habitants de ce secteur, avec le développement considérable de l’infrastructure et la prolifération des ruelles, routes et autoroutes dans la majeure partie de la ville, dont la construction du fameux ring, la raison avancée par les autorités concernées ne tient pas. «La rue Chucri el-Assli connaît un trafic normal, dû à l’animation quotidienne d’un quartier résidentiel», explique Mme Gaby Bustros, l’une des fondatrices de SOS Environnement. «D’ailleurs, toutes les rues de Beyrouth sont pratiquement bouchonnées à certains moments de la journée. Si tel est l’argument réel, poursuit Mme Bustros, ils devraient alors raser toute la capitale». Les experts en trafic routier confirment ces arguments : l’élargissement de cette rue, affirment-ils, ne résoudrait en rien le problème des embouteillages. Ayant sollicité il y a deux semaines l’aide de la municipalité de Beyrouth, les associations concernées réclament l’annulation du décret de 1957, et l’arrêt des travaux prévus. Le Conseil municipal a aussitôt demandé au département de la circulation automobile d’effectuer une enquête sur les lieux, afin de pouvoir déterminer le volume du trafic dans cette partie de la ville et l’importance des bouchons. À la suite des observations qui seront faites, un rapport sera établi, sur la base duquel la municipalité décidera de l’avenir de cette ruelle. Dans un communiqué conjoint, SOS Environnement et l’Apsad (Association pour la protection des sites et anciennes demeures) expliquent qu’il y aurait en fait un objectif «privé» : Mme H., parente d’un ministre en exercice, veut, «démolir sa maison et déloger ses locataires aux frais de l’État». Les deux associations précisent qu’elle aurait fait réactiver le décret, et qu’elle mène «une course contre la montre avant que les changements ministériels ne la privent de son atout majeur». Entre-temps, les cris de protestation s’élèvent un peu partout. Et l’affaire. qui, au départ concernait les seuls habitants de la ruelle, a fini par faire plus d’un mécontent, offusqués à l’idée de voir les responsables sacrifier un legs aussi important que ces demeures qui datent de la fin XIXe, début XXe siècle, «pour permettre au plus grand nombre de voitures d’y passer ou de s’y garer». Près de dix demeures seront ainsi touchées par ce plan d’élargissement dont trois complètement démolies, le reste devant être amputé d’une façade, d’un morceau de jardin ou d’une partie de la structure. Un massacre que les générations à venir ne pardonneraient pas, d’autant plus que celles-ci, ainsi d’ailleurs que les moins jeunes, s’agrippent aujourd’hui au moindre vestige historique qui met en relief leur patrimoine culturel. Jusque-là, des centaines de pétitions ont été réunies et des personnes influentes contactées : les habitants de la rue Chucri el-Assli ne perdent pas espoir. On attend maintenant la décision de la municipalité de Beyrouth.
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