Si la tendance actuelle est au renouveau des années 20, la mode est l’aboutissement d’un long cheminement. Le meuble actuel est le résultat d’années de recherche et d’évolution, sur lesquelles il est intéressant de faire le point. L’art nouveau Pour la première fois, la décoration intérieure est prise en compte. La Belgique et la France innovent en utilisant des matériaux nouveaux, comme le fer, et en ayant recours aux technologies nouvelles. Victor Horta, à la tête du mouvement, lance les charpentes métalliques visibles et les volutes de l’architecture dite organique. Les meubles et objets créent une unité stylistique. L’Espagne est contaminée, on peut aujourd’hui encore admirer à Barcelone les constructions d’Antonio Gaudi (1852-1926). Les décorateurs s’adressent à une classe moyenne naissante. Les compositions sont pleines de mouvements, avec des lignes asymétriques et sinueuses. La mode naît, avec simplicité, en rejetant les modèles académiques. Nous sommes en 1893... La tendance américaine À la même époque, les architectes américains cherchent de nouvelles sources d’inspiration. Louis Sullivan (1856-1924) trouve ses sources dans l’art oriental. La décoration se base sur un jeu de verticales et d’horizontales, sur le contraste entre ombre et lumière. Charles Rennie Mackintosh peint tout son intérieur en blanc, des sols au mobilier. Il adapte l’architecture intérieure en fonction des besoins particuliers de chaque famille. Le modernisme de Loos En cette ère de mécanisation, l’intérieur est débarrassé de tout ornement. La standardisation se manifeste aussi au niveau de la décoration. L’architecte autrichien Adolf Loos (1870-1933) considère toute fioriture comme une dégénérescence, un besoin primitif. La décoration se résume alors aux poutres apparentes et à un mobilier modeste, le plus souvent encastré. L’illusion d’espace devient prioritaire. Peter Behrens (1808-1940) pousse la tendance en la rapprochant de l’industrialisation. Il crée une véritable esthétique industrielle, en utilisant le béton et l’acier. Il refuse toutefois la production en série de ses pièces. L’école du Bauhaus C’est l’Allemand Walter Gropius (1883-1969), influencé par Behrens, qui est nommé directeur de cette école après la Première Guerre mondiale. Il cherche à combler le fossé grandissant entre l’art et l’industrie. Il s’agit de réconcilier l’artisanat dans une pratique quotidienne, plus fonctionnelle. Cette école se transforme rapidement en centre expérimental et finit par s’isoler jusqu’en 1928, lorsque Meyer en prend la direction. Son objectif vise à servir le prolétariat, en aménageant des espaces très réduits de la façon la plus fonctionnelle qui soit. C’est le rationalisme fonctionnel. Le groupe de De Stijl Ce groupe est fondé en 1917 en Hollande. Theo Van Doesburg et Rietveld lancent une nouvelle esthétique se basant sur les couleurs primaires, le noir, le gris et le blanc. Le dessin est pur, géométrique. La pièce n’est plus considérée comme un cube, mais comme un espace partant d’un cœur central. Le Corbusier Cet architecte est le premier à lancer des maisons préfabriquées, totalement ouvertes, et fonctionnant sans mur, mais avec des parois coulissantes. En 1918, Le Corbusier lance le purisme, un mouvement recherchant la pureté universelle des objets. Il présente des meubles conçus en série, des éléments modulables. La simplicité absolue est son objectif. L’agencement de maisons en différentes pièces est balayé au profit d’un espace unique aux parois en verre. L’art-déco Les Français réagissent alors en tentant un retour vers l’élégance. Les surfaces sont travaillées, le goût se tourne vers les matières rares et exotiques, comme l’ivoire. Jacques Ruhlmann (1879-1933) retourne au classicisme, avec des traits Empire et un grand amour de l’ébénisterie. André Groult (1884-1967) allie un esprit Louis XVI aux motifs de l’art-déco, mais aussi de l’art égyptien, ce qui devient emblématique de cette tendance. À partir de 1907, le cubisme de Picasso et de Braque influence cette tendance. L’Orphisme de Sonia et Robert Delaunay lance des appartements meublés de volumes cubiques, de tapis aux motifs géométriques. Les couleurs sont contrastées. Les couleurs s’approprient le fauvisme. Le modernisme Ce courant se développe aux États-Unis à partir des années 40. Les pièces ne sont plus délimitées que par les meubles. L’esthétique devient automobile et applique la tendance Streamline américaine, aux couleurs rose bonbon et turquoise. Le chrome fait son apparition dans les maisons. La cuisine est au cœur de la maison et s’intègre de plus en plus au salon. La télévision prend sa place de choix. Le pop-art Les adolescents commencent à être pris en compte. Le juke-box devient omniprésent, ainsi que le fast-food et le drive-in. L’humeur est à l’amusement, ce qui se traduit dans l’ameublement. L’œuvre d’Andy Warhol en est la parfaite illustration. Les références sont reprises et transformées dans un esprit de fête. L’ameublement devient souple et individualiste, comme le fauteuil Sacco pour Zanotta, en forme de poire et qui fête ses 30 ans cette année. Il faut pouvoir changer de couleur et de forme rapidement, au gré des envies. Les meubles jetables font leur apparition. Au début des années 50, Serge Mouille crée des objets gratuits en aluminium ciselé, ne servant à rien d’autre qu’à décorer. L’enthousiasme technologique est à son comble, ajouté à l’engouement psychédélique, ce qui aboutit aux trouvailles les plus saugrenues. Le high-tech Apparu dans les années 70 et 80, le high-tech célèbre de nouveau la production industrielle. Richard Rogers et Renzo Piano en sont les instigateurs, en construisant en 1977 le centre culturel Georges Pompidou à Paris. Habitat lance sa ligne de meubles noirs et minimalistes. Cette tendance s’étend dans certains cas à utiliser les produits de recyclage, on la qualifie alors de «post-holocauste». Une esthétique déconstructiviste voit le jour.
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