Deux flammes brûlent en permanence dans le camp de Jabaliya en souvenir des biens que les réfugiés palestiniens ont perdus il y a cinquante ans. «Pour nous, la «Nakba» (catastrophe) est le passé et le présent à la fois», lance Mahmoud Chehada Mouqayed, 65 ans, habitant de ce camp de réfugiés au nord de Gaza, un des plus grands du Proche-Orient. La nombreuse descendance des réfugiés a fait croître sans cesse la population du camp où vivent aujourd’hui près de 128.000 personnes. Tous ont été élevés dans le souvenir de «la catastrophe», la perte de leurs biens, terres et maisons, à la suite de la guerre de 1948 et la dispersion de centaines de milliers de réfugiés palestiniens à travers le Proche-Orient. Des maisons de fortune, aux toits en tôle ondulée, dans un dédale de ruelles sans goudron, ont remplacé les tentes qui abritaient initialement les Palestiniens ayant fui les troupes israéliennes, mais les habitants du camp sont toujours installés dans le provisoire. Ils ne s’y sentiront jamais chez eux, car leur «chez eux» se trouve quelques dizaines de kilomètres plus loin, en Israël, dans des villages pour la plupart rasés aujourd’hui. «J’ai élevé mes enfants dans l’esprit du «jihad» (guerre sainte) et je leur ai inculqué le principe de ne jamais abandonner leur terre. Je leur ai appris qu’ils doivent y retourner», dit Taleb Mahmoud Saleh, 81 ans. En 1948, Taleb Saleh a combattu les forces juives pour défendre son village de Beit Darras et aujourd’hui, cloué dans une chaise roulante, il voudrait toujours se battre. «Si je pouvais encore marcher, je me barderais le corps d’explosifs et je me ferais sauter pour tuer autant de juifs que possible», affirme-t-il. Son fils Salah, 28 ans, raconte qu’il est retourné en 1985 avec son père visiter Beit Darras, situé entre la bande de Gaza et la ville israélienne d’Ashkelon, et voir les ruines de la maison familiale détruite par les Israéliens. Appartenance «J’ai eu le sentiment que j’appartenais à cette terre, même si je suis né à Gaza», dit-il. Mahmoud Mohamed Radwan, 54 ans, se souvient de son village natal, Hamama, proche de Beit Darras. «Je rêve encore des champs, des oliviers et des fermes. Personne ne peut oublier ces choses-là», explique-t-il. «Si vous interrogez le plus petit enfant du camp, il vous dira le nom de son village d’origine, même s’il est né à Jabaliya», affirme-t-il. Les douze «quartiers» du camp regroupent en effet, selon leurs anciens villages, les réfugiés qui conservent les clés et titres de propriété de maisons laissées derrière eux. Les réseaux de distribution d’eau et d’électricité à Jabaliya, installés par les Nations Unies, sont rudimentaires et le taux de chômage y dépasse d’un quart la moyenne de la bande de Gaza, qui est de 27%. Face au refus d’Israël de laisser revenir les réfugiés, il a été question de leur payer des dédommagements, mais les habitants de Jabaliya refusent cette solution. «Personne n’acceptera des indemnités ou une installation ailleurs. Cela signifierait le renoncement à nos droits, l’enterrement de la cause palestinienne», s’exclame Rizk Mohamed Charif, 57 ans. Convaincu qu’il rentrera un jour à Beit Darras, Taleb Saleh a même racheté le titre de propriété d’une terre à un autre réfugié de ce village. «Je garde l’espoir que mes enfants ou leurs enfants seront capables de réaliser ce qui m’aura été interdit: retourner chez moi», dit-il. (AFP)
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