Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Clivages, contestations, post-sionisme

Lorsque les sirènes retentissent et que la population s’immobilise pendant quelques minutes, les Haredim vaquent normalement à leurs occupations. Cette minorité religieuse ultra-orthodoxe (environ 8% de la population) ne se reconnaît pas dans l’Etat d’Israël pour des raisons théologiques. La minorité arabe israélienne (19% environ), pour des raisons différentes, ne respecte pas non plus cette tradition. Si ces éléments les plus fondateurs de l’identité israélienne sont ainsi contestés, la plupart des autres composantes de cette identité sont sujettes à des clivages innombrables – religieux/laïques, juifs/Arabes, juifs orientaux (séfarades)/juifs européens (ashkénazes), immigrants/sabras (nés en Israël)... – qui se traduisent de manière significative par l’absence de Constitution pour l’Etat. Cette interrogation identitaire à laquelle sont conduits les Israéliens et que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de crise profonde, explique en partie un certain manque d’enthousiasme dans la préparation des festivités du cinquantenaire. Pour certains, ce questionnement prend la forme d’un retour à la communauté, qu’elle soit religieuse ou ethnique (marocaine, russe...). Pour d’autres, défenseurs d’une «normalisation» de la société israélienne, il passe par une réflexion «post-sioniste». Aux côtés des «nouveaux historiens», toute une série de spécialistes en sciences sociales participent de ce mouvement qui, contrairement à ce que soupçonnent ses détracteurs, ne se veut pas «anti-sioniste». La question démographique Cinquante ans après la création de l’Etat, dans lequel vivent un tiers des juifs du monde, ils considèrent le sionisme comme une réussite sur laquelle il n’est pas question de revenir. L’objectif est de réfléchir à l’avenir d’Israël en l’adaptant à la réalité. L’aspect le plus évident est celui de la nécessité de la paix. La plupart des Israéliens y sont favorables, même s’ils divergent sur le moyen d’y parvenir et ils sont près de la moitié à accepter l’idée d’un Etat palestinien, fait impensable il y a quelques années. L’autre aspect concerne la définition de l’Etat juif. Dans ce débat, la question démographique est essentielle. Les 150.000 Palestiniens demeurés en Israël après la guerre de 1948 sont devenus près d’un million d’Arabes israéliens aujourd’hui, par le simple jeu de l’accroissement démographique qui est trois fois plus élevé en moyenne que celui des juifs, explique Youssef Courbage, directeur de recherches à l’Institut national d’études démographiques. «D’après les estimations les plus prudentes, on s’attend à ce que la population arabe en Israël double d’ici l’an 2048, au moment du centenaire de l’Etat, pour atteindre 26% de la population totale, soit environ trois juifs pour un Arabe», dit-il. «Le problème le plus sérieux est que cette population arabe est surtout concentrée au nord d’Israël, en Galilée essentiellement. Ainsi, plus de la moitié de la population sera à majorité arabe dans plus de la moitié du territoire», poursuit-il. Longtemps, Israël a compensé ce déficit démographique par une immigration importante de juifs. Sur les 13 à 14 millions de juifs du monde (dont cinq millions sont déjà en Israël), Claude Klein, auteur de «La Démocratie d’Israël» (Seuil), estime à un ou deux millions le potentiel migratoire restant. Ce «réservoir» d’immigration, un concept hautement sensible à la conjoncture et en particulier aux manifestations d’antisémitisme, a tendance à sépuiser et «un sérieux problème démographique se posera d’ici deux ou trois générations», ajoute-t-il. Faux juifs russes La question est d’autant plus sensible que les derniers immigrants arrivés en Israël sont de moins en moins animés par l’esprit pionnier des débuts et davantage motivés par des conditions économiques ou matérielles. Quelques milliers de religieux, défenseurs du «Grand Israël» s’installent tous les ans dans les colonies en Cisjordanie occupée, mais, à l’inverse, la dernière vague d’immigration de masse, celle des juifs originaires de l’ancienne Union Soviétique en particulier, semblent loin de toute préoccupation nationale. En effet, beaucoup des quelque 500.000 Russes qui ont immigré en Israël seraient en fait des chrétiens. «Selon les estimations, on parle de 10 à 30% de faux juifs russes qui, pendant la période de grande déliquescence de l’ex-URSS où tout s’achetait et se vendait, avaient obtenu la nationalité juive leur permettant de faire valoir leur droit au retour en Israël», dit Youssef Courbage. Après un demi-siècle de communisme, une bonne partie des juifs soviétiques sont devenus non seulement laïques, mais athées et ont pratiqué les mariages mixtes. Arrivés en Israël, ils n’ont pas modifié leur comportement laïque, au grand dam de la population religieuse du pays. Ces quelques exemples conduisent certains à parler d’échec du «melting pot» dans le pays, même si, comme le souligne Claude Klein, une certaine «israélisation de la société, à savoir une certaine culture commune» est à l’œuvre. Les solutions envisagées sont à l’image de la mosaïque israélienne: les uns rêvent de faire d’Israël un Etat réellement juif, régi par la loi de Dieu, les autres ne voient qu’une structure de type communautaire. D’autres encore imaginent un Etat laïque, c’est-à-dire un Etat de tous ses citoyens. Ceux-là revendiquent leur appartenance au «post-sionisme». Travolta Tous les rabbins n’ont pas la chance de voir leur portrait sur le papier glacé d’un magazine, classé parmi les 100 plus beaux d’Israël. Mais Shlomo Benizri n’est pas un homme ordinaire. Ce fervent vice-ministre du parti ultra-orthodoxe Shass était connu pour sa ressemblance avec John Travolta quand il était au collège, à un moment où il voulait devenir comédien, footballeur ou mannequin. A l’en croire, son passé explique en partie pourquoi, tandis qu’Israël fête ses cinquante ans, le pouvoir des partis religieux n’a jamais été aussi grand. «La plupart des gens qui votent pour le Shass ne sont pas religieux», dit ce rabbin de 37 ans. L’influence des partis orthodoxes est devenue si grande qu’ils peuvent faire ou défaire un premier ministre d’un signe de leur chapeau en castor noir. Benjamin Netanyahu l’a bien compris qui, la calotte toujours à portée de main, a ardemment courtisé rabbins révérés, prophètes centenaires et donateurs pieux, dans sa campagne pour les élections législatives de 1996 contre Shimon Pérès. La réponse des Haredim a été quelques murmures de rabbins qui valent pour ordres dans certaines communautés. Des avions entiers de juifs ultra-orthodoxes sont également venus exprès de New York pour mettre leur bulletin dans l’urne. Ils votaient souvent pour la première fois de leur vie. Netanyahu leur doit la victoire, explique Peter Medding, politologue à l’Université hébraïque. La tradition de la participation des ultra-orthodoxes aux plus hautes sphères de l’Etat date de la création de celui-ci. En 1948, Ben Gourion a obtenu d’avoir les mains libres en matière de politique étrangère et de défense en acceptant de céder aux rabbins le contrôle des affaires familiales. Mais cet équilibre n’a pas résisté à la guerre de juin 1967 qui, avec l’occupation des territoires, a donné libre cours aux visées expansionnistes religieuses. De jeunes juifs religieux ont commencé à établir des colonies en Cisjordanie et Gaza, qui représentent pour eux «la Judée et la Samarie bibliques». L’impact du mouvement qu’ils ont suscité s’est matérialisé une décennie plus tard, lorsque les voix du Parti national religieux ont contribué à faire de Menahem Begin le premier ministre de droite depuis la création de l’Etat, puis à amener au pouvoir Benjamin Netanyahu. (Reuters)
Lorsque les sirènes retentissent et que la population s’immobilise pendant quelques minutes, les Haredim vaquent normalement à leurs occupations. Cette minorité religieuse ultra-orthodoxe (environ 8% de la population) ne se reconnaît pas dans l’Etat d’Israël pour des raisons théologiques. La minorité arabe israélienne (19% environ), pour des raisons différentes, ne respecte pas non plus cette tradition. Si ces éléments les plus fondateurs de l’identité israélienne sont ainsi contestés, la plupart des autres composantes de cette identité sont sujettes à des clivages innombrables – religieux/laïques, juifs/Arabes, juifs orientaux (séfarades)/juifs européens (ashkénazes), immigrants/sabras (nés en Israël)... – qui se traduisent de manière significative par l’absence de Constitution pour l’Etat. Cette...