Les autorités bulgares et turques tentent d’enrayer la très importante émigration vers la Turquie de Bulgares d’origine turque par une série d’actions et de rencontres bilatérales.Le vice-Premier ministre turc Bulent Ecevit s’est ainsi rendu jeudi dans la région de Kardjali (sud de la Bulgarie), où la grande majorité des habitants est d’origine turque. Une organisation locale, le Mouvement pour les droits et libertés (MDL), compte lui demander l’ouverture d’un consulat turc et un accroissement des investissements turcs dans cette région défavorisée. Le Premier ministre bulgare, Ivan Kostov, s’est, pour sa part, rendu la semaine dernière à Bursa (nord de la Turquie), afin d’y rencontrer pour la première fois des Bulgares d’origine turque ayant émigré. Sa visite a permis la signature d’un accord intergouvernemental pour le virement en Turquie des retraites d’émigrants bulgares. Lors du dernier recensement de 1992, la minorité turque en Bulgarie représentait 822 000 personnes sur une population totale de 8,4 millions. Sous le régime communiste, de nombreux Bulgares d’origine turque ont fui le pays et la politique d’assimilation du gouvernement. En 1984-85, les autorités communistes les ont obligés à changer leur nom pour un nom bulgare. Ceux qui refusaient étaient emprisonnés et plusieurs ont été tués. Un mouvement représentant la minorité turque a répondu par des attentats qui ont fait une dizaine de morts et les relations entre Sofia et Ankara se sont gravement détériorées. Après la chute du communisme, en 1989, les Bulgares d’origine turque ont certes retrouvé leurs droits politiques, mais la crise économique a continué à les inciter à émigrer. La Turquie a récemment adopté une loi sur la réunification des familles divisées, censée mettre un terme aux tentatives désespérées d’enfants bulgares de rejoindre leurs parents en Turquie. Enfants clandestins Depuis plusieurs années, les douanes bulgares trouvent régulièrement des enfants tentant de passer clandestinement la frontière à pied ou cachés dans des autobus. Leurs parents paient des passeurs et plusieurs femmes polonaises ont récemment été empêchées d’acheminer des enfants en Turquie, tentant de faire croire qu’il s’agissait de leurs propres enfants. À la mi-1989, les autorités communistes ont ouvert la frontière à ceux qui voulaient émigrer en Turquie : 360 000 sont partis, dont 170 000 sont ensuite rentrés. Cette vague d’émigration a été un des principaux facteurs du limogeage, le 10 novembre 1989, du dictateur communiste Todor Jivkov. Dès 1990, les Bulgares d’origine turque ont pu retrouver leurs noms et leur parti, le MDL, dispose actuellement de 13 députés et 25 maires. L’enseignement facultatif du turc à l’école a été autorisé et la Bulgarie a signé la convention européenne sur les droits des minorités. L’émigration vers la Turquie a cependant continué au rythme d’environ 50 000 personnes par an car les coopératives qui les employaient, principalement dans le tabac, durant l’époque communiste, ont été dissoutes. Dans ces régions, le chômage atteint 50 %, selon le Centre d’études ethniques.
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