Odeur de mort et de cloaque dans les baraques des sinistrés
le 09 novembre 1998 à 00h00
Une odeur de mort et de cloaque émanait vendredi des baraques de bois, de plastique et de tôle, construites à la hâte au milieu de la boue et des immondices par des centaines de sinistrés du cyclone Mitch, aux abords de Ciudad Dario, au nord du Nicaragua. La crue du Rio Grande, dans le département de Matagalpa, à 85 km au nord de Managua, a tout emporté, les laissant sans toit, sans nourriture, sans travail. Affamés, pieds nus, sans nul lieu où aller, ils tentent aujourd’hui de construire un abri avec les débris des décombres. Tous les ponts sur la route ont été emportés et cinq heures de barque et de camion sont nécessaires pour joindre Ciudad Dario depuis la capitale. Blanca Tremino, 43 ans, regarde fixement l’endroit où se trouvait sa modeste maison, sur la berge de la rivière. «C’est horrible, dit-elle. Nous n’avons plus où dormir». «Le jour où tout ça s’est rempli d’eau, nous avons grimpé comme des fous sur la montagne pour ne pas mourir noyés. Nous n’avons rien pu sauver. Nous n’avons plus rien. Si cela c’était produit la nuit aucun d’entre nous ne serait vivant», ajoute-t-elle. Blanca a trouvé refuge avec ses cinq enfants, son mari et la famille de sa sœur, dans une baraque d’à peine 4 m2, montée à la hâte dans la cour de la maison d’une amie avec des débris qu’on lui a prêté. Les enfants dorment dans deux petits lits empruntés. Ils ont des plaies aux pieds que leur père a couvert d’un mélange de camphre et de soufre. Les adultes dorment assis par terre depuis huit jours. L’aide n’est arrivée que de temps en temps et les gens ont faim et soif. Les fleuves sont contaminés. Il n’y a ni eau potable ni électricité, la nourriture manque et les gens commencent à montrer des signes de désespoir quand, trop rarement, un hélicoptère arrive avec des aliments et quelques médicaments, toujours insuffisants. «Hier, il nous ont apporté un tout petit peu de maïs», dit Maria de los Angeles Rocha, 76 ans, pendant qu’elle forme de ses mains des galettes qui, avec un peu de riz, feront le repas du jour pour elle et ses petits-enfants. Le Rio Grande de Matagalpa a emporté tout sur son passage, y compris la briquetterie, qui employait des centaines de familles de Ciudad Dario, et les champs de riz, de maïs ou de légumes. «Ici, on vole beaucoup et on ne peut pas laisser les baraques parce qu’on nous vole les planches et les tôles et pour nous un morceau de bois, c’est de l’or», dit Pedro Meza, un ancien ouvrier de la briquetterie. «Maintenant de quoi vais-je vivre?», se demande-t-il. Toute la partie basse de Ciudad Dario a été détruite. 35 000 de ses 47 000 habitants sont aujourd’hui sans abri.
Une odeur de mort et de cloaque émanait vendredi des baraques de bois, de plastique et de tôle, construites à la hâte au milieu de la boue et des immondices par des centaines de sinistrés du cyclone Mitch, aux abords de Ciudad Dario, au nord du Nicaragua. La crue du Rio Grande, dans le département de Matagalpa, à 85 km au nord de Managua, a tout emporté, les laissant sans toit, sans nourriture, sans travail. Affamés, pieds nus, sans nul lieu où aller, ils tentent aujourd’hui de construire un abri avec les débris des décombres. Tous les ponts sur la route ont été emportés et cinq heures de barque et de camion sont nécessaires pour joindre Ciudad Dario depuis la capitale. Blanca Tremino, 43 ans, regarde fixement l’endroit où se trouvait sa modeste maison, sur la berge de la rivière. «C’est horrible, dit-elle. Nous...
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