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Actualités - Chronologie

Quand les sanctions soulagent la population irakienne

Privé de la manne pétrolière, le pouvoir en Irak a réduit son intervention dans de larges secteurs de la vie, hormis la sécurité, ce qui permet à la société civile de se tailler une marge de liberté. «A l’exception du président, on peut maintenant proférer des critiques contre la gestion de l’Etat et les articles de presse en sont la preuve», affirme un intellectuel. «Qui a permis à la direction du parti (Baas au pouvoir) de trafiquer les élections de l’ordre des avocats?» interpellait en première page la semaine dernière l’hebdomadaire al-Moustaqbal, des propos impensables précédemment. La dénonciation du népotisme dans la fonction publique est autorisée et les journaux «protégés» par le président de syndicat de la presse, Oudaï Saddam Hussein, encouragent les citoyens à la délation. Les sanctions infligées à l’Irak depuis l’invasion du Koweit en 1990 l’ont privé avant tout des revenus du pétrole, qui représentait près de 98% de ses exportations. L’Etat-providence a dû céder au secteur privé de larges pans de l’économie: production et ventes de denrées alimentaires, distribution de l’essence au consommateur, privatisation de coopératives agricoles, autorisation de l’ouverture d’hôpitaux privés qui crée une médecine de riches et une médecine de pauvres… Hémorragie de cadres En raison de leurs salaires de misère, les cadres du secteur public passent dans le privé. Des techniciens de l’ex-prestigieuse Organisation de l’industrialisation militaire (OIM) se sont reconvertis en chauffeurs de taxi. Fleuron de l’industrie militaire, l’OMI avait permis la victoire de l’Irak sur l’Iran par le développement des missiles balistiques, puis la reconstruction du pays après la guerre du Golfe (1991). L’Etat ne camoufle pas l’hémorragie de ses cadres mais tente de la minimiser après avoir un temps frappé les transfuges d’ostracisme. Le président irakien a affirmé la semaine dernière en Conseil des ministres que «le passage des fonctionnaires du secteur public au secteur privé n’est pas un mal. Au contraire nous sommes fiers que ceux que nous avons formés servent à d’autres postes l’économie du pays». Les initiatives privées se multiplient tous les jours et la population, dans un sursaut de solidarité, prend en charge sa destinée. Les habitants du quartier d’al-Borj à Bagdad ont lancé une souscription d’un million et demi de dinars (environ 12.000 USD) pour construire une nouvelle école sur un terrain public. Manifestation de résistance Equilibre, une ONG française, a lancé un projet de réfection de 100 écoles publiques contribuant avec des fonds propres et d’autres collectés auprès des parents d’élèves. «Malgré les faibles revenus, les contributions affluent et sont autant de manifestations de la volonté de résistance de la population», assure Elisabeth Deligia, chef de mission. Des voix osent s’élever contre le laxisme officiel à l’égard du marché noir, pudiquement appelé «marché parallèle». Moustapha Moukhtar, un analyste politique qui fait autorité en Irak, ose écrire dans al-Joumhouriya que «le gouvernement a pris la défense des commerçants et couvre de ce fait leurs méfaits». Les Irakiens vont même jusqu’à tourner en dérision des slogans officiels, qui proclament la victoire de l’Irak face aux Etats-Unis et leurs alliés. Ainsi nombre d’entre eux n’hésitent pas à dire: «Si nous les vainqueurs sommes dans un tel état, quel doit être celui de l’ennemi». (AFP
Privé de la manne pétrolière, le pouvoir en Irak a réduit son intervention dans de larges secteurs de la vie, hormis la sécurité, ce qui permet à la société civile de se tailler une marge de liberté. «A l’exception du président, on peut maintenant proférer des critiques contre la gestion de l’Etat et les articles de presse en sont la preuve», affirme un intellectuel. «Qui a permis à la direction du parti (Baas au pouvoir) de trafiquer les élections de l’ordre des avocats?» interpellait en première page la semaine dernière l’hebdomadaire al-Moustaqbal, des propos impensables précédemment. La dénonciation du népotisme dans la fonction publique est autorisée et les journaux «protégés» par le président de syndicat de la presse, Oudaï Saddam Hussein, encouragent les citoyens à la délation. Les...