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Actualités - Chronologie

Ulster : un accord historique mais éminemment précaire

Au lendemain de la signature de l’accord de paix, passée l’euphorie du succès historique, les acteurs conviennent que tout reste à faire pour emporter l’adhésion de la population par référendums en mai, faire fonctionner les nouvelles institutions, neutraliser les extrémistes et réconcilier catholiques et protestants. «La route est encore longue. Il y aura des controverses. Le règlement est porteur de difficultés. Une possibilité d’échec subsiste», a convenu l’un des principaux architectes de l’accord inédit mais précaire, l’Américain George Mitchell, président des pourparlers. Avec lui, les hommes-clés du règlement — dont les premiers ministres irlandais et britannique Bertie Ahern et Tony Blair — soulignent que l’édifice est encore susceptible de s’effondrer comme un château de cartes si vient à faiblir la volonté politique ayant permis de conclure aux forceps vendredi dernier, après une ultime journée d’acrimonieuses tractations. «Tout est étroitement imbriqué. L’Assemblée, le Conseil nord-sud, les organismes de mise en application. C’est un mécanisme autodestructeur. Un éventuel désaccord sur l’un des aspects bloquerait tout progrès dans les autres», a mis en garde M. Ahern. Le parcours d’obstacles avait débuté samedi, avec la réunion à Belfast des 110 membres de l’exécutif du principal parti unioniste protestant de la province (UUP-modéré). Après une réunion quelque peu tendue, David Trimble, son chef qui espère devenir le premier ministre d’une Irlande du Nord semi-autonome, a finalement emporté le soutien de ses troupes avec deux tiers des voix. Ce vote en faveur de l’accord de paix n’a pas calmé les unionistes de la frange dure, qui, à l’image du député Willie Ross, estime qu’il ne s’agit rien moins qu’une «reddition à l’IRA». Un autre député unioniste William Thompson, également opposé à l’accord, a ainsi prévenu: «Ce n’est pas une victoire pour M. Trimble, nous continuerons à combattre» le texte. Le week-end prochain, ce sera au tour de Gerry Adams et Martin McGuinness, les deux négociateurs du Sinn Fein, l’aile politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), de persuader leurs membres convoqués en congrès à Dublin du bien-fondé du compromis qui met entre parenthèses la revendication ultime des catholiques républicains: la réunification de l’Irlande. Des désaccords prononcés risqueraient de se traduire par une rupture du cessez-le-feu de l’IRA entré dans son neuvième mois. Par-delà, une large adhésion des populations du nord et du sud est cruciale, lors des référendums distincts mais concomitants prévus de part et d’autre de la frontière qui divise l’Irlande, à la date probable du 22 mai. Les premiers posters sont apparus sur les murs gris de Belfast promettant un avenir radieux, tandis que chacun des habitants de la province recevra dans sa boîte aux lettres copie de l’accord de 69 pages. L’issue est tangente au nord, où le révérend Ian Paisley rameute les opposants «aux papistes» et au «traître Trimble». Elle est délicate au sud dont les habitants doivent accepter une réécriture de la Constitution pour renoncer à leur revendication territoriale sur le nord. S’ensuivront les élections le 27 juin de la nouvelle assemblée, puis son inauguration et celle du Conseil nord-sud qui la flanquera en février 99 et accordera un droit de regard à Dublin. Ces deux instances essentielles fonctionneront selon des mécanismes alambiqués répondant à un souci d’accommoder à tout prix les deux camps, au risque de paralysie. Aucune décision-clé ne pourra être prise, si les deux camps ne parviennent pas à se mettre d’accord. Des questions particulièrement épineuses demeurent par ailleurs: la libération anticipée de nombre des 242 prisonniers dits «politiques» loyalistes, et 236 républicains d’ici à l’an 2000; l’abolition des discriminations auxquelles sont consacrées dix pages dans l’accord; le désarmement des groupes paramilitaires des deux bords, déterminés à prolonger le conflit qui a déjà fait plus de 3.200 morts en 29 ans, et qui doit commencer dans les toutes prochaines semaines, selon une promesse de Blair à Trimble. Pour donner une chance supplémentaire à la paix, le ministre de l’Economie, Gordon Brown, annoncera sous peu un programme d’aides massif à la province, déjà sous perfusion de Londres et Bruxelles. Mais il manquait un cliché samedi dans l’album souvenir en une des quotidiens: celle de la poignée de main que les frères ennemis d’Ulster, David Trimble et Gerry Adams, n’ont pas cru bon d’échanger. Après avoir soigneusement évité de se parler directement pendant les 20 mois de négociations. (AFP)
Au lendemain de la signature de l’accord de paix, passée l’euphorie du succès historique, les acteurs conviennent que tout reste à faire pour emporter l’adhésion de la population par référendums en mai, faire fonctionner les nouvelles institutions, neutraliser les extrémistes et réconcilier catholiques et protestants. «La route est encore longue. Il y aura des controverses. Le règlement est porteur de difficultés. Une possibilité d’échec subsiste», a convenu l’un des principaux architectes de l’accord inédit mais précaire, l’Américain George Mitchell, président des pourparlers. Avec lui, les hommes-clés du règlement — dont les premiers ministres irlandais et britannique Bertie Ahern et Tony Blair — soulignent que l’édifice est encore susceptible de s’effondrer comme un château de cartes si...